Le tombeau des lucioles

Le film de Isao TAKAHATA (Japon, 1987) a été visonné dans le cadre de l’opération « collégiens au cinéma ».

En guise d’introduction au chapitre : Le Japon, géographie 3° afin d’amener la problématique du chapitre.

FICHE ELEVE

TRAVAIL INDIVIDUEL :

DOCUMENT 1 : Extrait « Le tombeau des lucioles » 1h10 à 1h12 (Chapitre 7 du DVD)

DOCUMENT 2 : L’état du pays en 1945.

« En 1945, le Japon se trouve dans une situation économique dramatique. Il perd son Empire, ce qui le prive de son approvisionnement en matières premières et en produits énergétiques. Les pertes démographiques sont importantes : 2 300 000 hommes morts, dont 70% de soldats. Les villes sont en ruines : Kobé est détruite à 52%, Tokyo à 56% et Osaka aux 2/3. Les installations portuaires sont totalement anéanties, de même que les 29% des transports intérieurs. Le potentiel industriel est plus affecté encore que celui de l’Allemagne : 34% des machines sont détruites et la capacité industrielle est réduite à 60% de celle de 1934-1936. Enfin, sur le plan politique et social, l’incertitude règne quant au sort de l’empereur ».

D’après A. MESPLIER et P. BLOC-DURAFFOUR. Le Japon. Bréal, 1995.

DOCUMENT 1 :

1. Quelles nouvelles apprend Seita en allant à la banque ?

DOCUMENTS 1 et 2 :

2. Dans quel état est le Japon en 1945 ?

DOCUMENT 3 : Extrait « Le tombeau des lucioles » 1h21 (la fin du film).

3. Devant quel paysage sont assis Seita et Setsuko ? A quelle époque se situe cette scène ? Pourquoi ?

DOCUMENT 4 : 1 page 258, La part du Japon dans la production industrielle mondiale

4. Quel rang occupe le Japon dans la production industrielle mondiale ?

CORRECTION :

1. DOCUMENT 1 : Quelles nouvelles apprend Seita en allant à la banque ?

– la reddition sans conditions du Japon
– La mort de son père
– L’arrivée des américains
– L’arrivée d’un typhon

2. DOCUMENTS 1 et 2 : Dans quel état est le Japon en 1945 ?

Le pays est ruiné. Cf. paysage que Seita traverse pour aller à la banque et pour en revenir. C’est le résultat des bombardements intensifs américains : bombes incendiaires, mais aussi bombes atomiques. Les villes sont détruites, ainsi que les installations portuaires, les transports intérieurs, l’industrie.
La population meure de faim.
Le Japon est l’un des grands vaincus de la Seconde Guerre Mondiale. Il est ruiné sur le plan économique et plus particulièrement sur le plan industriel (installations détruites). L’incertitude règne sur le plan politique et social. Le pays est occupé par les EU.

DOCUMENT 3 : Extrait « Le tombeau des lucioles » 1h21

3. Devant quel paysage sont assis Seita et Setsuko ? A quelle époque se situe cette scène ? Pourquoi ?

Ils regardent les lumières d’une ville : gratte-ciels, enseignes lumineuses. La scène se situe aujourd’hui. Le Japon est reconstruit. Kobé est une ville lumière.

DOCUMENT 4 : 1 page 258, La part du Japon dans la production industrielle mondiale

4. Quel rang occupe le Japon dans la production industrielle mondiale ?

La deuxième, après les EU.
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Les réponses aux questions permettent d’amener la problématique du chapitre de géographie sur le Japon.

Problématique : Comment un pays anéanti en 1945 par la seconde guerre mondiale est devenu aujourd’hui la deuxième puissance mondiale ?

A propos de l'auteur

Catherine  Didier-Fevre

J'enseigne au Lycée Catherine et Raymont Janot de Sens l'Histoire-Géographie et l'Histoire des Arts en terminale (option lourde).

Le tombeau des lucioles.

FICHE PROFESSEUR

Problématique : Quelles sont les relations entre cinéma et Histoire et/ou cinéma et histoire initiées par ce film d’animation ?

Classes concernées : Troisième en histoire géographie et français

Objectifs : Il s’agit de réfléchir sur le problème de la reconstitution en Histoire et sur l’adaptation « autobiographique » en français à travers les questions suivantes :
– Un film de fiction peut-il être un document pour l’Histoire ?
– Qu’est-ce qui est vrai dans un film historique où tout est faux ? Vrai par le récit et non dans le récit ?
– Qu’est ce qui relève de l’autobiographie, de la mise en abîme ?

Plus largement, le film permet de nourrir le débat sur la « vérité de la fiction ».

D’une histoire Vécue…

– La tombe des lucioles : nouvelle de Akiyuki NOSAKA comme source d’inspiration du film d’animation.

Le film d’animation tire du récit original (la nouvelle de Akiyuki NOSAKA) son thème principal : deux enfants livrés à la débâcle d’un pays en ruine et son sujet : la mort.
Ainsi, le récit littéraire comme le récit cinématographique s’ouvre la nuit du 21 septembre 1945 par l’agonie dans l’enceinte de la gare déserte de Sannomiya, près de Kôbe d’un jeune vagabond : Seita. Son esprit ayant rejoint celui de la petite Setsuko, sa sœur âgée de quatre ans, les fantômes des deux enfants montent à bord d’un train qui les ramène vers le passé jusqu’au jour des bombardements américains sur la ville de Kôbe… leur maison est détruite, leur mère mortellement blessée, Seita et Setsuko trouvent refuge chez des parents éloignés. Malgré le rationnement des vivres et les alertes aériennes, des moments heureux jalonnent l’existence des réfugiés : une promenade nocturne et la découverte des lucioles, une escapade au bord de la mer… mais leur tante, pour qui la charge de deux orphelins devient vite un problème, leur fait subir brimades et remontrances…

– Une mise en scène en contrepoint

La représentation de la mort qui rythme de ses apparitions intermittentes l’ensemble du film est d’une crudité totale, souvent choquante : depuis l’agonie de la mère des suites de ses terribles blessures, à l’incinération du cadavre de la petite fille par son frère, rien n’est épargné au spectateur des scènes traumatisantes auxquelles les personnages sont confrontés : mouches et vers pullulant, corps calcinés des victimes des bombardements, découverte d’un corps inanimé sur la plage… Mais la violence de ces images n’est pas non plus surlignée par la mise en scène. Elle reste prosaïque, abordée de plain-pied, comme composante factuelle du réel, sans être sursignifiée. C’est peut-être ce qui explique son impact émotionnel sur le spectateur : sa force de « réalité ».

– Une mise en abîme de deux deuils

Une mise en scène de deux deuils est retranscris habilement dans la mise en scène du film d’animation. En effet, la mort, et plus encore son apprentissage, le deuil sont très présents. Deuil, tout d’abord, que Nosaka entreprend, en écrivant la Tombe des lucioles pour enterrer symboliquement la petite sœur qu’il a laissé mourir en 1945 et avec elle ce sentiment de culpabilité qui le poursuit des années durant. Mais le titre évoque aussi le deuil accompli par la petite sœur elle même, creusant un trou dans la terre pour y enfouir, avec les insectes phosphorescents, le souvenir de sa mère morte sous les bombardements de Kôbé (la mère adoptive de Nosaka est elle aussi morte lors des bombardements). Mise en abîme de deux deuils, l’un dans l’autre, comme deux sépultures ouvertes sur une profondeur béante que le récit entreprend de refermer.

…à une Histoire reconstituée

Ce film d’animation propose aussi une représentation très documentée du Japon en 1945.

– Le contexte de guerre du Pacifique et les circonstances de la capitulation du Japon : le blocus du Japon par les américains, la débâcle militaire et la destruction de la flotte, le bombardement de Kôbe comme de toutes les villes japonaises d’une certaine importance, la reddition du Japon sans conditions… sont autant d’évènements qui ancrent le film d’animation dans un contexte historique très précis. Il est alors intéressant de restituer ces faits dans le contexte de la guerre du Pacifique d’une part, et des circonstances de la capitulation du Japon d’autre part en dressant avec les élèves une petite chronologie des évènements :

  1. Le 7 décembre 1941 attaque japonaise sur la base de Pearl Harbor ; les japonais contrôlent presque tout le Pacifique
  2. Juin 1942 Midway
  3. Mai-juin 1945 les forces américaines contrôlent la totalité de l’océan pacifique
  4. Août 1945 Hiroshima, Nagasaki
  5. Septembre 1945 Capitulation Japonaise
  6. 1948 tribunal international à Tokyo

– Le sort de la population civile dans le conflit. Un quotidien marqué par :

  1. les alertes aériennes. Elles sont nombreuses et récurrentes. C’est alors l’occasion pour le cinéaste de montrer quelques belles vues aériennes du port de Kobé. Par ailleurs c’est aussi le seul moment ou l’ennemi (en l’occurrence les soldats américains) est matérialisé. C’est en effet seulement à travers le symbole étoilé qui orne la carcasse de ces zincs dans le film que les américians apparaissent dans le film (physiquement aucun soldat n’apparaît). Takahata en profite pour nous dresser un tableau de ces longues heures d’attente dans les abris souterrains de la ville.
  2. la pénurie et le rationnement : il intéressant de noter l’évolution dans la façon de s’approvisionner de Seita dans le film et la différence entre la ville et la campagne. La malnutrition touche les jeunes enfants en premier et les vieillards.
  3. La propagande en faveur de l’effort de guerre et la question des responsabilités

– Le point de vue de Takahata : une ironie tragique.

La question que se pose Takahata est celle des responsabilités dans l’issue tragique du drame :
Celle de Seita tout d’abord car en dépit des apparences, ce qui le condamne c’est son incapacité à prendre la mesure de la réalité : sa trajectoire est constamment dictée par la fuite et la dissimulation.
Celle des adultes ensuite car dénuée de toute affection pour les enfants comme de tout humanisme, la tante, si prompte à exalter l’effort de guerre, est sur plus d’un plan, coupable aux yeux du spectateur du déclenchement de la tragédie. De plus ni le paysan, ni le médecin ne saura manifester la moindre générosité.
Celle de l’Etat japonais enfin car c’est le lendemain du jour où fut décrété le Plan général pour les orphelins de guerre que Seita décède dans la gare de Sannomiya. L’ironie tragique du drame est alors à son comble !

– Une condamnation sans appel du nationalisme japonais par le truchement de la fiction.

A travers cette ironie tragique, Takhata condamne sans appel la guerre et le nationalisme qui la sous tend. A l’instar d’Hergé dans Le lotus bleu ou de Nakazawa dans la série Gen d’Hiroshima. L’impérialisme japonais est ici dénoncé de façon plus ou moins virulente. Ainsi, nous pourrons nous demander avec les élèves comment le cinéaste rend-il compte de l’horreur des bombardements américains sur les populations civiles tout en condamnant sans appel le nationalisme japonais qui conduit à la guerre ?

CONCLUSION

D’une certaine manière on pourrait parler ici de « naturalisme », tant la restitution historique touche à la réalité les plus concrets dans le film d’animation. Mais la représentation s’attache aussi à saisir des atmosphères, à travers les infinies modulations de la lumière, renforçant l’inscription du récit dans un passé vécu « au jour le jour ». Par cette inclination esthétique voire quasi autobiographique, le film prend en charge sa propre subjectivité, en faisant appel aux ressources émotionnelles de la mémoire.
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FICHE ELEVE

D’une histoire vécue…

EXERCICE 1 : Dans le titre du récit, Nosaka a donné au mot « lucioles », une graphie originale signifiant littéralement : feu qui tombe goutte à goutte ; d’après vous pourquoi ? Comparer le titre du film et celui de la nouvelle ?

EXERCICE 2 : Comparer l’extrait du début de nouvelle d’Akiyuki NOSAKA et le début du film d’animation.

« C’était au cœur de la nuit du 21 septembre 1945, le lendemain du jour où fut décrété le « Plan général pour la protection des orphelins de guerre », et un employé de la gare qui examinait, épouvanté, les vêtements infestés de poux de Seita, découvrit dans sa ceinture de corps une petite boîte à bonbons dont il essaya d’ouvrir le couvercle qui, rouillé sans doute résista, « qu’est-ce que c’est que ce truc ! », « laisse tomber va, tu peux fiche çà à la poubelle », « ç’ui-ci n’en aura pas non plus pour longtemps ; quand ils ouvrent ces grands yeux vides, c’est foutu », fit l’un d’eux, en scrutant la face pendante d’un autre petit vagabond, plus jeune encore que Seita dont le cadavre, à côté, était resté ainsi, pas même recouvert d’une natte, en attendant que le service de mairie vînt l’emporter ; avec un geste d’agacement l’employé agita la boîte à bonbons, qui émit un cliquetis, et quand avec l’élan dans base-balleur, il la lança en face de la gare, vers un coin obscur déjà envahi par l’herbe drue de l’été au milieu des décombres laissés par l’incendie, le couvercle sauta sous le choc, une poudre blanche s’échappa, trois petits fragments d’os roulèrent, surprenant les vingt ou trente lucioles cachées dans les herbes, qui s’égaillèrent affolées en une nuée de scintillements avant de se calmer »…

EXERCICE 3 : Après avoir réalisé une petite biographie sur l’auteur de la nouvelle, vous vous interrogerez sur la portée autobiographique de l’œuvre : en quoi peut-on parler de mise en abîme de deux deuils ?

…à une Histoire reconstituée

EXERCICE 1 : Dresser une petite chronologie de la guerre du Pacifique de Pearl Harbor à la reddition définitive du Japon.

EXERCICE 2
: Quel est le sort de la population civile dans le film ? Quel point de vue le réalisateur adopte t-il sur la question des responsabilités du drame qui se joue sous nos yeux ?

EXERCICE 3 : Comment le cinéaste rend-il compte de l’horreur des bombardements américains sur les populations civiles tout en condamnant le nationalisme japonais qui a conduit à la guerre ? Pouvons nous parler de « naturalisme » ? Dans quels autres œuvres de fiction (films, bandes dessinées, romans…) l’impérialisme japonais est-il critiqué ?

A propos de l'auteur

Vincent Marie

Je suis enseignant en histoire-géographie au collège Les Escholiers de la Mosson à Montpellier.

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