Du 14 au 15 juillet 2021, 200 personnes sont décédées en Allemagne et en Belgique avec le débordement de l’Ahr. La nuit de l’eau : retour sur une catastrophe climatique.
La région est d’ordinaire calme et la rivière ne dépasse pas 70 cm. La pluie massive inquiète ce 14 juillet 2021.
A Reading, en Angleterre, des chercheurs spécialistes des inondations étaient en alerte sur la question quelques jours avant et avaient donné l’alerte qui n’a pas été relayée.
Des rescapés ont filmé la situation. Un camping près de Dorsel a été touché en premier (7 personnes y ont perdu la vie et ont été retrouvé quelques jours après). La vague touche le village de Schuld ensuite. Le réseau téléphonique subit des avaries et l’alerte ne peut pas être donné aux populations plus en aval. La vague dépasse les 9 mètres à Altenahr.
Cet évènement est-il une conséquence du réchauffement climatique ? Les chercheurs tentent de le démontrer à l’aide de la recherche « attributionnelle » qui simule la Terre actuelle à + 1,2° et une Terre qui n’aurait pas subi le réchauffement : ils ont prouvé que la canicule de 2003 en France, les feux d’Australie en 2019, l’ouragan Harvey au Texas en 2017 étaient bien liés au changement climatique.
Retour sur le parcours de l’inondation : la vague parcourt maintenant 3 mètres par seconde et atteint le village de Kreuzberg. Une ancienne maire de Altenahr avait suggéré de donner l’alerte mais les autorités compétentes ont sous-estimé le risque. Un pompier d’Ahrweiler a essayé aussi d’alerter sans succès. Vers 21h, le torrent atteint Dernau.
Le résultat des chercheurs montre bien que ce genre d’évènements est devenu plus fréquent et plus intense. Comment se forme la pluie ? L’eau est en suspension, la vapeur d’eau tombe sous forme de pluie en lien avec la température. Plus il fait chaud, plus l’eau s’évapore. L’air chaud est plus « assoiffé ». En parallèle, les sécheresses augmentent. Un même endroit pourra connaître les mêmes extrêmes.
Dans certains cas, l’usage du canoé a permis de sauver quelques personnes. D’autres se sont réfugiés sur les toits.
Le jet-stream joue un rôle en déterminant la position des anticyclones et des dépressions. Il s’affaiblit et, de ce fait, les nuages pluvieux stagnent plus longtemps aux mêmes endroits. C’est la même chose pour les anticyclones qui stagnent aussi et occasionnent des sécheresses.
La crue atteint ensuite Bad Neuenahr, la plus grande ville de la vallée (30.000 habitants). Le district déclare l’état de catastrophe naturelle à 23h15, bien trop tard.
Le réchauffement des océans joue également. La fonte des glaces fait monter le niveau de l’eau. Le dipôle de l’Océan Indien joue également.
A 2h30, l’onde arrive à Sinzig où se trouve un foyer de personnes handicapées qui n’ont pas pu atteindre l’étage par elles-mêmes et qui ont péri.
Quelle part des facteurs locaux en dehors du changement climatique ? La forme de la vallée a aggravé la situation car elle est très pentue. L’agriculture intensive a également influé : les allées larges facilitant les récoltes ont joué le rôle de rigoles dans lesquelles l’eau s’est engouffrée. Les rivières « rectifiées » pour faciliter l’agriculture sont également pointées du doigt. L’urbanisation est bien sûr en cause également. Les débris flottants (dont caravanes, voitures…) ont rapidement fait blocage au niveau du premier pont, ce qui fait que l’eau est violemment passée par-dessus sous forme de vague.
Au petit matin, l’eau se retire lentement. Les secours arrivent en hélicoptère. La boue a tout envahi. Certains rescapés ont préféré partir, traumatisés par la peur de revivre ça tandis que d’autres ont préféré rester et reconstruire. Mais comment ? Les zones inondables apparaissent mieux marquées sur les cartes.
Les Pays-Bas peuvent-ils être source d’inspiration ? En approfondissant les canaux par endroits et en construisant des digues également, les dégâts sont bien moindres. Les agriculteurs doivent céder du terrain pour que les fleuves aient davantage de place. Le concept de « ville éponge » peut être développé : en abaissant certains terrains, on peut créer des zones de rétention.
L’éducation des hommes doit être un complément indispensable. La perception du risque est centrale. Dans les pays riches, on se croit protégé par la technologie, les infrastructures solides et on ne sait pas comment réagir en cas de survenue de l’évènement. A titre de comparaison, les habitants du Bengladesh sont plus résilients (maisons sur pilotis et connaissance partagée des lieux d’abris). A Tokyo, un grand réseau de tunnels est prévu pour évacuer les excédents d’eau. Des simulations sont proposées dans les écoles avec des casques de réalité virtuelle.
Un passionnant et émouvant reportage qui alterne habilement cet exemple allemand avec l’explication générale du réchauffement climatique et des erreurs d’aménagement passées.
https://www.youtube.com/watch?v=xqYUPWhosCw

