Rome et les séries télévisées ; voici un dossier qui me trottait dans la tête depuis un moment. Alors que la rentrée pointe le bout de son nez, je me suis dit qu’il était temps de me lancer. Après tout de nombreuses productions ont été développées ces dernières années et, ma foi, je pense qu’il y a matière à creuser quelques pistes pédagogiques. De toute façon quand il s’agit de remettre de l’Antiquité sur le devant de la scène, toutes les occasions sont bonnes non ? Le dossier sera composé de plusieurs présentations de séries triées sur le volet avant, lors d’un ultime opus, de proposer une synthèse, quelques pistes à creuser et, bien entendu, une petite bibliographie.

Pour commencer ce voyage j’ai décidé de remettre sur le devant de la scène une série qui a marqué le renouveau du genre, au début des années 2000, et ouvert la voie à de nombreuses déclinaisons. Je ne m’interdis rien pour ce dossier et je vais exploiter aussi bien des séries récentes que quelques pépites bien plus anciennes … Et quitte à s’amuser, je vais aussi me lancer quelques challenges.

 

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L’art de l’accroche peut tout à fait se concevoir comme un challenge. Par exemple pour introduire une série sur Rome, pourquoi ne pas partir du Brésil ? Rien à voir n’est-ce pas ? Et bien justement, ça se tente.

Commençons par une évidence : cette série est marquée du syndrome du slip brésilien. Vous savez ces quelques fils de tissu que l’on croise, entre autre, sur les plages de Copacabana. Ce concept est assez simple : il s’agit de générer de l’envie, beaucoup d’envie, tout en débouchant aussi sur une frustration énorme. Au Brésil, cette dernière est liée au fait qu’autour du tissu, une majorité de masse soit formée, ou soutenue selon les cas, par du plastique, du silicone bref, ne soit pas naturelle. Quelle tristesse absolue que ces corps parfaitement réadaptés à coups de bistouris, pour un culte du corps et de l’apparence, devenu le cardo et le decumanus d’une grande partie de notre société. Cardo et decumanus ? Transition avec Rome !

Le pari était sans doute osé et vos yeux qui se baladent sur ces lignes, en connexion directe avec vos cerveaux, seront sans doute à même de valider ou non cette entrée en matière. Dites-vous que ça aurait pu être pire, j’aurais tout à fait été capable de caser du Conan le Barbare. Revenons-en à notre propos : Rome. Mine de rien, le culte du corps n’est pas non plus totalement étranger à cette Antiquité souvent fantasmée.

Lorsque cette série est arrivée sur nos petits écrans en 2005, elle fut source de bien des commentaires, positifs autant que critiques. Nombre de spécialistes n’ont pas manqué de faire remarquer les nombreuses erreurs, certaines assez incroyables d’ailleurs[1]. Pourtant cette série imparfaite m’a vraiment beaucoup plu et c’est un plaisir de la remettre sur le devant de la scène le temps de ce petit billet.

 

Un moteur : la frustration ….

La frustration de la série repose sur deux piliers : le premier renvoie au script qui prévoyait à l’origine 3 saisons mais, faute d’audience, d’argent et surtout de rentabilité, a accouché d’une saison 2 fusionnée avec la 3. Il faut dire que l’incendie qui a frappé les décors n’a pas aidé[2]. Autant dire que le rythme en a pris ombrage, avec une accélération terrible, des survols, des incohérences vraiment dommageables. Le second pilier pourrait passer plus inaperçu car il est lié à la reconstitution historique elle-même. Comme évoqué plus haut, c’est assez sidérant de voir comment certaines erreurs grossières ont pu être faites, comme la mise à mort de Vercingétorix, les comédies extérieures qui sont jouées au mauvais moment de la journée, les cierges dans les temples / autels, le sénat lui-même etc. etc. Et bien vous savez quoi, ça passe quand même. Le Gladiator de Ridley Scott, souvent porté aux nues, est de la même veine quand il s’agit de vendre une vision de l’Antiquité plutôt que de faire un film historique respectueux de la véracité, telle que nous la connaissons par les travaux scientifiques.

 

… mais qui ne saurait gâcher une forme plaisir … coupable ?

Rome mérite que l’on s’y plonge. Il y a bien entendu un côté voyeuriste très prisé de nos jours, (je rappelle qu’à l’époque de la sortie de Rome, nous étions en pleine folie d’histoire où des loup-garous et des vampires jouaient à des jeux sulfureux chez les Mormons). Il y a une bonne dose de sexe accepté ou non, de la violence assumée, brutale. C’est une époque ancienne et donc violente, pas comme de nos jours où, civilisés, nous parvenons bien entendu à tuer sans nous salir (ou alors faut le chercher) et où nous respectons les femmes. Rome est donc le fruit d’un moment et ce dernier mériterait à lui seul une analyse plus poussée.

 

Les clés d’une réussite en quelques piliers supplémentaires

Un premier pilier : d’excellents acteurs. Kevin McKidd et Ray Stevenson, nos deux héros, Lucius Vorenus et Titus Pullo, justes impeccables. Il faut remarquer que ces deux personnages apparaissent dans la Guerre des Gaules sous la plume de César, ce qui reste une superbe idée. Ciarán Hinds campe un superbe César, James Purefoy volant la vedette à tous avec son Marc-Antoine totalement bestial et illuminé. La liste pourrait encore être longue, les femmes sont toutes aussi réussies, la prime allant à Polly Walker, Atia, renvoyant simplement Sue Ellen digne de figurer dans une usine de fabrication de slip brésilien. Oui, il fallait tout de même relancer l’accroche à un moment donné. Premier pilier donc, les personnages, vraiment réussis.

 

Lui en dessous c’est César, c’est le boss

Pullo, les héros, c’est nous

Moi je suis César, le boss

 

Moi je suis Marc-Antoine : what else ?

 

Moi je suis Atia et là je suis de bonne humeur

 

Le second renvoi plutôt aux efforts faits par la production pour rendre une vie, une âme à cette Antiquité : la reconstitution, tout en extérieur, à l’ancienne, dans de vrais décors, sans fonds vert, ça fait du bien. De la même façon les batailles sont réellement très réussies et spectaculaires.

 

Troisième : l’intrigue. Trahison, passions, tout est là, dans une sorte de Dallas mixé avec du House of Cards du premier siècle avant notre ère.

 

Quatrième : les dialogues. De purs moments de grâce jubilatoires, par exemple lorsque l’on se plaint que votre ennemie jurée n’a pas apprécié votre cadeau, un esclave au pénis surdimensionné. Ce sont aussi des cris restant dans les mémoires : Mon Irène ? À moi la XIIIè !

Homme : Je veux baiser !

Femme : Non, je ne veux pas ; Claudia, appelle une esclave pour soulager Marc-Antoine.

 

Cinquième : le générique, cette petite musique accompagnant des images animées, indescriptible mais vraiment jubilatoire. Bon, vous insistez, je la mets.

 

Sixième, un double pilier : HBO pour les moyens et l’audace : Deadwood, Band of Brothers, The wire, Les Sopranos, GOT … la liste est épique. John Milius pour Apocalypse Now et Conan le Barbare. (Ah tiens, c’est bon, j’ai casé Conan).

 

En conclusion, une série qui a marqué un virage essentiel

Rome est donc une série à découvrir ou redécouvrir. Une série en jupette, sans slip brésilien comme il se doit, pas totalement historique mais assez bien faite et ambitieuse pour dépasser allègrement une grande partie des séries qui arrivent du monde entier aujourd’hui de façon industrielle. Et puis sans le succès de Rome, qu’auraient été par la suite les Tudors ou Game of Thrones ? Rome a imposé une clé essentielle : des moyens, du spectacle sur les petits écrans oui, ça fonctionne.

À nous la XIIIè !

   

 

[1] Les articles sont très nombreux, au hasard celui-ci est libre d’accès : https://www.telerama.fr/television/7296-la_veritable_histoire_de_rome.php

[2] La reconstruction des décors aurait coûté bien trop cher, ce qui précipita la fin anticipée de la série : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/08/10/un-incendie-a-detruit-une-partie-de-cinecitta-a-rome_943353_3476.html

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Un excellent dossier à retrouver ici :

http://www.peplums.info/pep39a.htm#intro

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Et voilà, c’est fini pour ce premier opus. Prochaine étape du voyage … surprise !