La contreverse de Valladolid

Voici une proposition d’exploitation de ce téléfilm dans le cadre du cours d’histoire de seconde.

Voici une proposition d’exploitation de ce téléfilm dans le cadre du cours d’histoire de seconde.

Sur le film

La controverse de Valladolid est un film de Jean-Daniel Verhaeghe, scénario de Jean-Claude Carrière (1992) avec Jean Carmer, Jean-Pierre Marielle, Jean-Louis Trintignant. Dans une perspective de clarté et de concentration des événements, pour plus de théâtralité, l’auteur du scénario a modifié ou simplifié certains aspects de la réalité historique, au profit de la “vérité dramatique”. La controverse eut bien lieu en 1550-1551 mais le film est un huis clos (en réalité ce fut largement ouvert) ; il films 3 jours (en réalité étendue sur plusieurs mois, après des années de préparation) ; l’objet du débat n’est pas tout à fait le même et son issu ne fut, en réalité jamais tranché.

L’activité pédagogique

Dans le cadre du chapitre 4 d’histoire de seconde cette séance se place à la fin. Voici le découpage de la séquence en 5 heures :

1. 1492, Christophe Colomb découvre l’Amérique.

2. Des découvertes au partage et à l’exploitation.

3. De Constantinople à Istanbul

4. Tenochtitlan.

5. Les indiens ont-ils une âme : la controverse de Valladolid.

Je vous propose en pièce jointe :
– le travail pour les élèves
– correction et compléments pour les professeurs

Trouver les extraits

Si vous n’avez pas le DVD : allez sur youtube pour trouver celui-ci en 9 morceaux :

et suivants…

Fiche-élève
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Pour le prof
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À propos de l'auteur

Jean-Pierre Meyniac

J'enseigne au lycée Marie Curie d'Echirolles, près de Grenoble. Passionné de cinéma, j'anime ce site depuis sa création.

La contreverse de Valladolid

Voici un travail sur la controverse de Valladolid. Le film est un peu austère pour des seconde bac pro aussi je le diffuse par “tranches” et on répond aux questions au fur et à mesure. Je l’utilise dans le cadre du cours sur “voyages et grandes découvertes du 16e au 18e siècle”.

Le synopsis

Au XVIe siècle, soixante ans après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, règne sur l’Espagne Charles Quint qui convoque une assemblée sous l’égide du légat du Pape, afin de débattre de la question fondamentale : les indigènes indiens, dont elle a colonisé les territoires en Amérique, ont-ils une âme (sont-ils des hommes) ? De la réponse doit découler l’arrêt ou non de l’esclavage dont ils sont alors les victimes.
La controverse verra s’affronter le point de vue conservateur du chanoine Juan Ginés de Sepúlveda et celui humaniste du dominicain Bartolomé de Las Casas. Un des grands intérêts du film est de montrer comment des hommes a priori honnêtes et sincères peuvent arriver à une conclusion qui paraît, au niveau de l’élévation morale alléguée du XXe siècle, parfaitement abjecte. Le verdict mêle la faiblesse de la conscience morale du XVIe siècle et les enjeux économiques. L’Église acceptera l’accession des indiens au statut d’être humain, mais l’issue de cette controverse en forme de procès sera marquée par un coup de théâtre qui aura des conséquences sur des millions d’hommes : il légitimera l’esclavage des noirs.

Sur le film

L’auteur du roman dont s’inspire ce téléfilm précise en note préliminaire que le livre est une interprétation romancée de faits historiques. le débat a été essentiellement épistolaire. Surtout, le débat n’a pas porté sur l’humanité des indiens (cela avait déjà été tranché par le Pape Paul III), mais sur le mode d’évangélisation qu’il était nécessaire de mettre en place.
L’humanité des Indiens, l’existence de leur âme donc, n’a en réalité jamais été l’objet du débat puisque sans cela, Sepúlveda n’aurait jamais parlé du devoir de les évangéliser et ne se serait jamais autant étendu sur leur « péché d’idolâtrie ». Las Casas comme Juan Ginés de Sepúlveda s’accordèrent sur le devoir de conversion des Indiens qui incombe aux Espagnols mais diffèrent sur le moyen d’y parvenir : colonisation pacifique et vie exemplaire pour le premier et colonisation institutionnelle où la force est légitimée par le réalisme et la nature même des civilisations précolombiennes, pour le second.

Historique

La controverse de Valladolid est un débat qui opposa essentiellement le dominicain Bartolomé de Las Casas et le théologien Juan Ginés de Sepúlveda en deux séances d’un mois chacune (l’une en 1550 et l’autre en 1551) au collège San Gregorio de Valladolid. Il réunissait théologiens, juristes et administrateurs du royaume, afin que, selon le souhait de Charles Quint, il se traite et parle de la manière dont devaient se faire les conquêtes dans le Nouveau Monde, suspendues par lui, pour qu’elles se fassent avec justice et en sécurité de conscience 1.

La question était de savoir si les Espagnols pouvaient coloniser le Nouveau Monde et dominer les indigènes, les Amérindiens, par droit de conquête, avec la justification morale pouvant permettre de mettre fin à des modes de vie observés dans les civilisations précolombiennes, notamment la pratique institutionnelle du sacrifice humain, ou si les sociétés amérindiennes étaient légitimes malgré de tels éléments et que seul le bon exemple devait être promu via une colonisation-émigration.

Ce débat eut lieu sous les pontificats des papes Paul III puis Jules III.
Las Casas est favorable à l’application de la philosophie de saint Thomas d’Aquin selon laquelle :
– une société est une donnée de la nature ; toutes les sociétés sont d’égale dignité : une société de païens n’est pas moins légitime qu’une société chrétienne ;
– on n’a pas le droit de convertir de force, la propagation de la foi doit se faire de manière évangélique, par l’exemple.

En 1532, Francisco de Vitoria avait explicitement appliqué au Nouveau Monde, les principes de saint Thomas d’Aquin de destination universelle des biens terrestres (ils sont pour tous et le droit de propriété est conditionné par le Bien Commun) et le droit de connaître la Vérité que tout homme possède sui generis : ceux qui vont aux Amériques n’ont donc pas un titre de propriété mais un devoir de mission ; personne n’a le droit d’occupation de ces territoires mais chacun doit jouir de « la liberté de passer par les mers ».

L’ensemble de la thèse Sepúlveda englobe des arguments de raison et de droit naturel avec des arguments théologiques.
Juan Ginés de Sepúlveda considère les cas de sacrifices humains, d’anthropophagie, d’inceste royal, pratiqués dans les sociétés précolombiennes et suit des arguments aristotéliciens et humanistes en proposant quatre « justes titres » qui justifient la conquête :
– pour leur propre bien, les Indiens doivent être mis sous tutelle par les Espagnols puisque lorsqu’ils se gouvernent eux-mêmes, ils violent les règles de la morale naturelle (thèse aristotélicienne de la servitude naturelle) ;
– la nécessité d’empêcher, même par la force, le cannibalisme et d’autres conduites antinaturelles que les Indiens pratiquent.
– l’obligation de sauver les futures victimes des sacrifices humains ;
– l’ordre d’évangéliser que Christ a donné aux apôtres et le Pape aux Rois Catholiques (Pape qui jouit de l’autorité universelle).
Las Casas réplique en démontrant :
– la rationalité des indigènes au travers de leurs civilisations (l’architecture des Aztèques) ;
– qu’il ne trouve pas dans les coutumes des Indiens de plus grande cruauté que celle qui pouvait se trouver dans les civilisations du Vieux Monde (la civilisation romaine n’en a pas moins organisé les combats de gladiateurs) ou dans le passé de l’Espagne ;
– l’évangélisation et le fait de sauver les victimes des sacrifices humains n’est pas tant un devoir des Espagnols qu’un droit des Indiens.

Le questionnement élève

1) Comment expliquez vous le mot « controverse » ?

2) Où se situe Valladolid ?

3) Où se déroule l’intrigue ?

4) A quelle époque se situe l’intrigue ?

5) Qui appelle-t-il le saint Père ? quel est son rôle et sa fonction ?

6) Quelle est la question qui va être étudiée ?

7) Qui va parler et débattre ?

8) Que dit Bartolomé de las casas sur le sort des Indiens

9) Quel est son état d’esprit ?

10) Comment intervient Sepulveda ?

11) Quelle est la thèse de Sepulveda ?

12) Quelle est la cause de cette folie meurtrière qui touche les espagnols ?

13) Quels sont les arguments de Sepulveda pour montrer l’infériorité des Indiens ? (citez en au moins 3)

14) De las Casas tente de démontrer le contraire ? comment ?

15) Qu’amène Sépulvéda ?

16) Que fait le cardinal ?

17) Quelle est l’attitude des Espagnols face aux Indiens ?

La correction

1) Comment expliquez vous le mot « controverse » ?

Débat, contestation sur une question, polémique.

2) Où se situe Valladolid ?

En Espagne : c’est une ville au Nord de Madrid et de salamanque.

3) Où se déroule l’intrigue ?

Dans un couvent, qui fait office de tribunal.

4) A quelle époque se situe l’intrigue ? développez le contexte, les idées, les événements.

L’intrigue se déroule au milieu du 16e siècle : le nouveau monde a été découvert, de nombreuses expéditions ont eu lieu. Les Européens se disputent les nouvelles terres et s’y installent pour les exploiter. C’est la période des « conquistadors » qui sont partis dans le Nouveau Monde pour trouver de l’or, revenir riches car de nombreuses histoires merveilleuses circulent à ce sujet. Afin d’exploiter ces richesses, les européens ont réduits les indigènes en esclavage. En Europe on s’inquiète de ces débordements.

5) Qui appelle-t-il le saint Père ? quel est son rôle et sa fonction ?

Il s’agit du Pape. Il est considéré par les chrétiens, comme le descendant de Saint Pierre (un des disciples de jésus Christ). Il vit à Rome, au Vatican. C’est lui qui a l’autorité morale et religieuse sur l’ensemble de la communauté chrétienne.

6) Quelle est la question qui va être étudiée ?

Les indiens ont-ils une âme semblable à celle des européens et peuvent-ils prétendre au paradis éternel ? doivent-ils être évangélisés en douceur ou par la violence ?

7) Qui va parler et débattre ?

Bartolome de las casas : moine dominicain, qui vit sur le nouveau continent parmi les Indiens. Il est le défenseur des indigènes.
Sépulveda : érudit, philosophe.

8) Que dit Bartolomé de las casas sur le sort des Indiens ?

Il décrit les mauvais traitements subis par les Indiens : traités comme des animaux, marqués au fer rouge, réduits en esclavage dans des mines.
Ils ont été exterminés « par millions » : embrochés, brulés, mutilés, diverses atrocités sont décrites… il provoque l’horreur parmi l’assistance.

9) Quel est son état d’esprit ?

il est horrifié, très ému par ce qu’il a vu.

10) Comment intervient Sepulveda ?

Il essaye de le déstabiliser, en le mettant en cause. Il tente de minimiser l’intérêt de son témoignage.

11) Quelle est la thèse de Sepulveda ?

Il considère que les Indiens sont responsables de ce qui leur arrive car ils auraient commis le péché d’idôlatrie.

Définir idôlatrie : culte des idoles, adoration d’images.

12) Quelle est la cause de cette folie meurtrière qui touche les espagnols ?

D’après de las Casas, c’est la soif de l’or qui a provoqué toutes ces effusions de sang.

13) Quels sont les arguments de Sepulveda pour montrer l’infériorité des Indiens ? (citez en au moins 3)

Il affirme qu’ils sont « esclaves par nature » :

Ils ignorent l’usage du métal, des armes à feu, de la roue, ils portent leur fardeau sur le dos « comme des bêtes », nourriture détestable, se peignent le corps, adorent des idoles, font des sacrifices humains, se marient trop fréquemment, ignorent la valeur de l’argent et des choses.

Pour lui, ils sont idiots, sans sensibilité artistique. Selon lui tout cela démontre leur infériorité.

14) De las Casas tente de démontrer le contraire ? comment ?

Que ceux qui ont accès aux écoles des moines font des études comme les européens et ont de bons résultats. Il évoque leur art, leur architecture, leur arithmétique, le calendrier qu’ils ont inventé.

15) Qu’amène Sépulvéda ?

Il fait apporter une sculpture de Quetzacoatl, le serpent à plumes. Il évoque ainsi les sacrifices humains qui étaient pratiqués en son honneur.

16) Que fait le cardinal ?

Il fait venir plusieurs Indiens pour les examiner sur place.

17) Quelle est l’attitude des Espagnols face aux Indiens ?

Ils parlent d’eux comme des animaux, les examinent comme des bêtes de foire. Le cardinal a parlé d’examen sans préjugés, ni partialité, ce qui n’est pas le cas.

Conclusion : le cardinal conclut « comme nous, descendants d’adam et ève, jouissent d’un esprit et d’une ame immortelle comme les européens. Doivent être traités avec humanité et justice car ce sont des hommes véritables. »

À propos de l'auteur

Catherine Ramirez

Je suis PLP Lettres Histoire Géographie au LP Alexandre DUMAS de Cavaillon (84).

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