L’autorité paternelle, socle de la société traditionnelle, vacille dans les années 1970 et, très logiquement, le cinéma répercute cette profonde transformation sociale, qui affecte aussi bien les relations conjugales que le rapport au travail et la vie sociale. La comédie française à succès Trois hommes et un couffin de Coline Serreau, sorti en 1985.
Trois hommes et un couffin (1985)
Synopsis
« Un copain déposera un colis et passera le reprendre plus tard ». Tel est le message laissé par Jacques, avant son départ pour le Japon, à ses deux compères Pierre et Michel avec lesquels il partage un luxueux appartement. Comme prévu, le colis arrive et à la stupéfaction générale, il s’agit d’un bébé… Adieu liberté et aventures sans lendemain…
Données techniques
La comédie est l’un des grands succès de Coline Serreau, à qui l’on doit aussi La crise (1992), autre comédie sociologique précieuse sur la descente aux enfers d’un chômeur fraîchement séparé de sa femme.
Le trio vedettes, incarné par les très performants André Dussollier, Roland Giraud et Michel Boujenah, est irrésistible, mais les seconds rôles tiennent parfaitement la distance, que ce soit Dominique Lavanant dans le rôle de la très pincée Madame Rapons, la nurse diplômée, Marthe Villalonga dans celui de la mère fantasque de Jacques ou encore Philippine Leroy-Beaulieu, l’émouvante Sylvia, mère de Marie.
Durée du film : 1h 40min
La paternité dans tous ses états
La violence de la parentalité non désirée
Le synopsis le dit, Pierre, Jacques et Michel n’attendaient pas l’arrivée d’un enfant. Ils s’étaient d’ailleurs entendus, au moment d’emménager dans leur garçonnière de luxe parisienne, pour refuser l’installation d’une femme à demeure. Pour eux, cela anticipait l' »interdiction des moutards ». Leur existence se borne ainsi au travail et à une série d’aventures sans lendemain.
Une scène intéressante, à la fin du film, montre que Jacques reproche à Sylvia d’avoir débarqué sans prévenir avec cette enfant, que sa vie n’était pas adaptée à la paternité, ce à quoi elle répond plusieurs fois, l’air ailleurs, « je m’excuse ». Et Jacques de conclure que finalement tout rentre dans l’ordre, puisqu’elle repart avec Marie. Avec le recul de 2024, cette scène laisse une impression mitigée : si les rôles étaient renversés, une femme enceinte de façon involontaire aurait son quotidien chamboulé, pourrait accabler le père pareillement mais à la fin, c’est quand même la femme qui assume soit de garder l’enfant, soit de recourir à l’avortement. Il n’y a pas de « bon c’est réglé, tu t’en vas avec le problème ».
Le lien du sang n’est pas déterminant
Les trois compères s’attachent pareillement à l’enfant alors que seul Jacques est le père. On ne peut pas dire non plus que Jacques soit proéminent dans les choix relatifs à sa fille. Les trois amis agissent comme des frères d’une même communauté de vie et soignent Marie sans chercher à réellement à dissocier ce qui relèverait ou non du lien charnel.
L’éducation n’appartient à aucun domaine réservé
Il n’y a pas de place pour l’enfant dans la société
La réalité est que trois hommes adultes et sans problème financier particulier sont à peine capable d’intégrer un bébé à leur quotidien.
S’ils y parviennent finalement, ils sacrifient quand même leur vie sociale, leur carrière, leurs aspirations et une grande partie de leur confort. La mère seule, pensons à Sylvia à la toute fin, est encore moins capable de miracle et le film montre sans ambages que la sécurité du bébé est compromise, soit parce qu’il faut passer par des intermédiaires à la fiabilité aléatoire type baby-sitter, soit parce qu’il faut jongler entre les rôles comme cette employée que Michel surprend, qui cache son bébé dans un recoin de cage d’escalier, entre deux rendez-vous professionnels.
La solution familiale n’est guère plus probante : la mère de Jacques vit à Nice et a déjà un agenda bien chargé de croisières avec son amie Marie-Rose. Il y a là une piste intéressante de réflexion, à relier au recul général de la natalité : les enfants n’ont tout simplement pas de place dans les multiples injonctions de la vie moderne.

