« Le nazisme un avertissement de l’histoire » : après l’excellent Talismans présenté ici, voici une nouvelle proposition pour traiter du nazisme et de ses conséquences. The Nazis: A Warning from History sous son titre anglais, a été produit par la BBC en 1997. Il est composé de six épisodes couvrant toute l’histoire du nazisme depuis ses origines dans les années 1920 jusqu’à sa chute en 1945. Écrite et produite par Laurence Rees, documentariste réputé formé à Oxford, cette série s’inscrit dans une vague de productions sur la Seconde Guerre mondiale dans les années 1990. 

Ian Kershaw est le conseiller historique principal pour l’ensemble du documentaire mais n’intervient à l’écran que dans cet épisode. Parmi ses ouvrages fameux, son Hitler – Essai sur le charisme en politique (1995) et sa biographie monumentale d’Hitler en deux tomes en 1999 et 2000.

Chaque documentaire dure moins d’une heure et repose sur une problématique clairement introduite dans les premières minutes.

Le nazisme un avertissement de l’histoire : les épisodes

Épisode 1 « L’accession au pouvoir (Helped into Power ) »

Comment expliquer qu’une nation cultivée d’Europe ait pu confier son destin à un homme comme Hitler et à son parti ?

Comme son titre le suggère, le documentaire suit les débuts d’Adolf Hitler et du NSDAP dans une Allemagne qui panse ses plaies après la Première Guerre mondiale et la crise d’hyperinflation du début des années 1920. On explique également les racines de l’antisémitisme allemand, lié en particulier à la République des conseils en Bavière, ainsi que le rôle fondamental de la crise des années 1930 dans l’engouement pour les extrêmes politiques. La dernière partie de l’épisode s’intéresse aux calculs de la droite allemande qui entend utiliser les nazis pour mieux contenir le communisme.

 

Épisode 2 « Le chaos et le consentement (Chaos and Consent ) »

Comment un parti célébrant l’ordre a-t-il pu plonger l’Allemagne dans un chaos gouvernemental ?

L’épisode couvre la période allant du 30 janvier 1933, date de l’arrivée d’Adolf Hitler à la Chancellerie, jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Quoique la marche à la guerre soit évoquée, notamment par le réarmement et la remilitarisation de la Rhénanie, cette dimension est renvoyée à l’épisode 3. L’épisode privilégie la vie intérieure : la nazification progressive de la société, la mise en avant de la race aryenne, la montée de l’antisémitisme jusqu’à la Nuit de Cristal, l’eugénisme, etc. Le documentaire s’intéresse également à la place réelle de la Gestapo dans la société.

Deux historiens figurent parmi les intervenants : le britannique Ian Kershaw et le canadien Robert Gellately, spécialiste de la Gestapo.

 

Épisode 3 « Une guerre planifiée (The Wrong War ) »

Comment Hitler, qui souhaitait de longue date détruire l’Union soviétique et admirait le Royaume-Uni, se retrouve-t-il allié au premier et en guerre contre le second en 1945 ?

Le troisième volet reprend le fil de l’épisode suivant et évoque les préoccupations géopolitiques des nazis, entre revanche après le traité de Versailles, projet d’un espace vital, pangermanisme, etc. Il revient sur chaque grande étape de la montée des périls, avec des passages sur l’antisémitisme en Autriche après l’Anschluss, les accords de Munich, la conquête de la Bohême-Moravie puis la question polonaise.

 

Épisode 4 « L’anéantissement de la Pologne (The Wild East ) »

Comment des dirigeants comme Arthur Grayser ont tenté de transformer la Pologne en État nazi modèle ?

Le quatrième volet s’intéresse aux vingt premiers mois d’occupation de la Pologne. Une large place est accordée au traitement de la population juive, aux rivalités qui ont opposé les dignitaires nazis, à l’installation de minorités allemandes dans les régions occupées. Sur ce dernier point, le documentaire reprend les témoignages d’une famille de restaurateurs qui souhaitait « rejoindre le Reich », se retrouve en Pologne et vit mal son installation sur une propriété d’une famille qui vient d’être expulsée. L’épisode revient aussi sur la « poubelle des nazis », le district du gouvernement général de Hanz Frank et le personnage d’Himmler. La dernière partie se concentre sur le sort des juifs, la constitution des ghettos, le travail forcé et le début de la Solution finale.

 

Épisode 5 « Terminus Treblinka (The Road to Treblinka ) »

Comment les camps d’extermination ont-ils pu exister ?

L’épisode reprend les grands jalons de l’antisémitisme nazi ainsi que la marche vers l’extermination depuis les  projets avortés d’expulsion à Madagascar. La guerre à l’Est avec Barbarossa ouvre un chapitre de tuerie et de destruction totale qui a servi point de départ à la violence aveugle contre les juifs. On suit le personnage d’Heydrich, avec notamment le témoignage de son entourage, puis les différents groupes d’Einsatzgruppen. Un grand passage est accordé aux États baltes, à la collaboration d’anticommunistes et antisémites locaux, aux massacres comme celui de Butrimonys en Lituanie. On parle aussi de la conférence de Wannsee et de la mise en place de la Solution finale. Parmi les témoignages importants, notons la présence d’un ancien membre d’un peloton d’exécution qui a été envoyé au goulag après la guerre et d’un survivant de Treblinka.

 

Épisode 6 « La fin du Reich (Fighting to the End ) »

Alors que Mussolini a été rejeté par les Italiens en 1943, comment expliquer que les Allemands, eux, soient restés fidèles à Hitler et se soient battus jusqu’au bout ?

L’épisode énumère les facteurs expliquant la résistance allemande dans le conflit : la difficulté à atteindre la personne d’Hitler, à la différence de Mussolini, les racines profondes de la popularité d’Hitler avec même un resserrement de cet attachement après l’attentat de Stauffenberg en 1944, le caractère irréversible des crimes et de la guerre en Pologne et dans les conquêtes orientales. La fuite en avant dans la Solution finale est évoquée, avec un passage sur Auschwitz. L’anticommunisme farouche rendait tout compromis impossible. Parmi les témoignages, on trouve celui d’un auxiliaire belge des nazis dans les troupes de volontaires. La férocité de la contre-offensive n’a pas brisé la résistance allemande, même dans son désespoir.

 

Critique

La série est déjà un peu datée (1997) et cela se perçoit notamment par la qualité de l’image. Parmi les autres faiblesses, il y a le découpage de la guerre dans les épisodes 4 et 5 qui a tendance à trop disperser le génocide des Juifs et à rendre moins clair les grandes phases de la guerre.

Toutefois, ces quelques éléments ne doivent pas détourner le spectateur. En effet, le documentaire est très soigné. L’écriture est remarquable, précise, avec un vocabulaire riche, sans pédanterie ni effet journalistique. La série évite l’écueil du jugement permanent et appuyé, ce qui ne diminue en rien la charge contre le nazisme. La traduction est rigoureuse et n’introduit que de menues erreurs (« guerre des Boers » prononcée « guerre des Boërs). La musique et les fonds sonores sont respectueux du contexte (classiques de la musique allemande, chants nazis non sous-titrés, etc.). Le générique est d’ailleurs reprise d’une œuvre majeure de Brahms, Un Requiem allemand. On a même un extrait de la suite de l’Opéra de Quat’sous (Kleine Dreigroschenmusik) de Kurt Weil enregistré en 1931 par Otto Klemperer pour illustrer l’antisémitisme à Berlin. Il n’y a pas d’effets acoustiques ou de musiques anachroniques. Cette rigueur générale est loin d’être systématique dans les documentaires, donc autant signaler le grand sérieux de la série.

 

Sur le fond, la marque de l’historien se ressent dans la conception d’ensemble de la série.

Par exemple, le documentaire met tout le temps en évidence des sources. Bien sûr, il y a toutes les sources cinématographiques, sur les films de propagande, les grands événements nazis, la vie d’Adolf Hitler au Berghof dans les Alpes bavaroises, la conquête de la Pologne, etc. Mais il y aussi les documents papiers. Dans l’épisode 2, on montre par exemple à quoi ressemble un courrier de dénonciation. Et puis, l’avantage d’un documentaire de 1997 est que l’on peut faire intervenir des témoins du nazisme, depuis les corps francs des années 1920 aux victimes de l’invasion soviétique à Berlin en 1945, en passant par d’anciens membres du parti, d’anciennes victimes de la répression nazie (socialistes, juifs, familles ayant eu un enfant euthanasié, etc.). Cela permet de mesurer deux choses : le degré d’imprégnation du national-socialisme et de l’admiration pour Hitler au sein de la population, mais aussi une forme de mémoire de la période, puisque les témoins sont tous âgés déjà et ont continué leur vie après 1945. On perçoit très bien ceux qui sont revenus du nazisme et ont éprouvé des remords, ceux qui sont passés par la prison après la guerre, ceux qui ne se sont jamais remis de leurs souffrances et ceux qui n’ont visiblement toujours rien compris à ce qui s’est joué. Mais l’intérêt est que le documentaire donne à voir en laissant le spectateur arriver à ses propres conclusions.

 

Exemple de traitement pédagogique avec l’épisode 2

Les Clionautes multi-écran

Vous souhaitez lire la suite ?

Actifs dans le débat public sur l'enseignement de nos disciplines et de nos pratiques pédagogiques, nous cherchons à proposer des services multiples, à commencer par une maintenance professionnelle de nos sites. Votre cotisation est là pour nous permettre de fonctionner et nous vous en remercions.