Neutralité carbone, le grand mensonge pose une question centrale : polluer ici, se racheter là-bas, c’est le principe de la « compensation carbone » n’est elle qu’un marché de dupes ?
Le reportage débute en Allemagne à l’aube de l’Euro 2024 : une référence en matière d’efforts environnementaux d’après ses organisateurs. Mais les supporters viennent surtout en avion et ne se posent pas spécialement la question de leur impact carbone. Des incitations à prendre le train sont présentées. Un « combi ticket » permettrait de cumuler un match avec un accès gratuit aux réseaux de transports en commun.
De manière plus globale, des « certificats de compensation » s’échangent ça et là et donnent l’impression que le problème se réglera comme ça grâce à cette logique simpliste de transfert. Mais c’est comme si chaque entreprise frappait sa propre monnaie, les dérives sont nombreuses.
La suite du propos fait un focus sur l’Oréal en Allemagne : les émissions brutes de l’entreprise en tant que telle semblent légères mais celles reliées aux prestataires sont énormes. Alors, l’entreprise « compense » ailleurs.
Démarré en 2017, le projet « Muskitia Blue Carbon » au Honduras est censé protéger la forêt locale de l’abattage. Il s’agit d’une zone reculée au Honduras, accessible par bateau mais difficilement. Ce sont 4 millions de dollars qui seraient censés bénéficier à la population locale mais rien n’est jamais arrivé. Quelques arbres seulement ont été planté.
Les populations locales n’ont pas accès aux équipements lourds qui causent le plus de dégâts, elles se contentent d’abattre un arbre de temps en temps pour des besoins de base. Les habitants n’ont jamais entendu parler de l’Oréal.
Les méthodes de calcul sont malhonnêtes se basant sur une « déforestation simulée ».
L’Oréal déclare avoir abandonné ce projet.
Le marché ment de trois façons :
- les projets ne compensent qu’une infime partie des émissions de GES,
- parce qu’on dit, à tort, que réduire nos propres émissions équivaut à acheter des crédits (or les émissions ne peuvent pas être infinies),
- nous faire croire que polluer ne coûte presque rien.
D’autres domaines que la foresterie sont concernés, l’alimentation notamment.
Hofer, branche du groupe Aldi, se vante de commercialiser une pizza « carbo neutre ». Les engagements à la compensation carbone de l’entreprise portent ici sur des projets d’assainissement d’eau au Bangladesh. Au lieu de faire bouillir l’eau pour la purifier, les habitants utilisent les rayons UV du soleil via un petit appareil crée pour l’occasion. Cela permet d’économiser du bois de feu.
Le stérilisateur d’eau sert 6 mois par an quand le soleil donne. En hiver, il faut recourir au chauffage traditionnel de l’eau car celle-ci est trouble avec les pluies de mousson. Les universités chargées d’évaluer l’efficacité de ce dispositif en vantent les mérites y compris en hiver, ce qui n’est manifestement pas le cas.
Des bidons de stockage avaient été promis pour accompagner le déploiement de l’appareil UV mais ne sont jamais arrivés.
A l’UEFA, le discours se lisse quelque peu : éviter, réduire, compenser. Ce ne sont que 0,3 % des bénéfices de la coupe d’Europe qui sont consacrés au climat sous forme d’investissement et non de compensation. Dans les petits clubs, les parents conduisent leurs enfants aux entrainements. Un système de navettes électriques serait une piste. Passer à un éclairage à LED sur les projecteurs serait aussi envisageable. Mais éclairage et covoiturage pour les clubs amateurs sont dérisoires face à la pollution générée par le tournoi en lui-même. Il serait même plus honnête de dédommager des populations lointaines directement concernées par les graves conséquences climatiques.


