La religieuse

La Religieuse sort sur les écrans le 20 mars 2013. Il s’agit du nouveau film de Guillaume Nicloux, réalisateur plus habitué aux polars sombres ou ironiques, comme Le Poulpe (1998) ou Holiday (2010), tous deux réalisés en collaboration avec l’auteur de séries noires, Jean Bernard Pouy, qu’aux reconstitutions historiques en costumes d’époques.

Et pourtant il nous nous propose aujourd’hui une nouvelle adaptation de la Religieuse d’après l’œuvre de Denis Diderot, publiée en 1796 à titre posthume. Elle succède cinématographiquement à la version de Jacques Rivette tournée en 1965.

L’histoire de la Religieuse, c’est celle de Suzanne Simonin, interprétée par Pauline Etienne, jeune fille de 16 ans, contrainte d’endosser le voile contre sa volonté, à la demande de sa famille, du fait du caractère illégitime de sa naissance. Son combat afin d’obtenir sa liberté est tour à tour appuyé ou empêché par trois mères supérieures aux figures contrastées. Suzanne s’en remet tout d’abord à Madame de Moni, pleine de pardon et de miséricorde, jouée de façon impeccable par Françoise Lebrun. Puis à la mort de celle-ci, elle affronte la sœur Christine dont l’autorité se transforme en un aveuglement violent et mystique, que porte Louise Bourgoin, étonnante dans un rôle à contre-emploi. Enfin, la jeune fille, en changeant de couvent, doit faire face à l’illumination et au désir sapphique de la mère supérieure du couvent Saint Eutrope, porté à l’écran par la toujours aussi convaincante Isabelle Huppert.

Fidèle au roman de Diderot, mais en adoptant plus le versant de la critique sociale que celui de la critique anticléricale, Nicloux livre tout de même son interprétation de la fin du récit. Là où le texte restait inachevé, lui propose un épilogue plus optimiste que celui de Rivette (le suicide…), et fait de son film celui d’une révolte en marche vers l’affranchissement, et de Suzanne, comme il le déclare, une «  rebelle qui lutte pour conquérir sa liberté ».
Le film est porté par le jeu de ses acteurs, retenu mais efficace, et notamment celui de la jeune Pauline Étienne, confrontée à trois mères supérieures archétypales mais pas caricaturales. La mise en scène est sobre, rude, jouant sur les effets naturalistes de la lumière pour les scènes de jour et sur le clair-obscur de la bougie pour les ambiances nocturnes, relevant l’austérité et la dureté des milieux sociaux dans lesquels Suzanne se bat pour arracher sa liberté.

L’intérêt pédagogique

L’intérêt pédagogique de ce film, c’est celui d’être une adaptation fidèle, sur le fond comme dans la forme, d’une œuvre majeure des Lumières. C’est une entrée parfaite pour évoquer en classe de quatrième Diderot en tant que philosophe des Lumières, ou bien rappeler en classe de seconde les aspects sociaux de la société française pré-révolutionnaire. Traité sous la forme du manuscrit trouvé, le film déroule le long récit de la quête de liberté d’une jeune fille douée de raison, face aux contraintes imposées par la société d’Ancien Régime. On suit donc son combat face à des parents faisant assumer à leurs enfants illégitimes leurs fautes, et celui mené face à l’institution ecclésiastique, et au phénomène conventuel, se voulant le lieu du libre choix religieux, reposant sur le renoncement temporel mais ne répondant qu’à des contraintes sociales extérieures, imposant le cloisonnement et l’enfermement intérieur. Ce film livre alors une vision de ce qu’était la France d’ Ancien Régime, de ses fondements sociaux, et des aspirations légitimes des femmes et des hommes de l’époque des Lumières, notamment à plus de liberté, annonçant sa disparition à la fin du XVIIIème siècle.

Guillaume Bellicchi


http://www.zerodeconduite.net/dp/zdc_lareligieuse.pdf

À propos de l'auteur

La religieuse

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XVIIIe siècle. Suzanne, 16 ans, est contrainte par sa famille à rentrer dans les ordres, alors qu’elle aspire à vivre dans « le monde ».
Au couvent, elle est confrontée à l’arbitraire de la hiérarchie ecclésiastique : mères supérieures tour à tour bienveillantes, cruelles ou un peu trop aimantes…
La passion et la force qui l’animent lui permettent de résister à la barbarie du couvent, poursuivant son unique but : lutter par tous les moyens pour retrouver sa liberté.

La Religieuse de Guillaume Nicloux, d’après l’œuvre de Diderot, avec Pauline Étienne, Isabelle Huppert, Louise Bourgoin, Martina Gedeck, Françoise Lebrun
2012, France / Allemagne / Belgique
Durée 1 h 54

Au cinéma le 20 mars

http://www.zerodeconduite.net/dp/zdc_lareligieuse.pdf

À propos de l'auteur

Bruno MODICA

Président des Clionautes du 9 février 2013 au 31 décembre 2019. En charge de la stratégie et du développement.  

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