Travail en première S dans le cadre de la leçon sur le souvenir de la Grande Guerre (des documents complémentaires issus du manuel sont aussi utilisés).

Problématique : Comment la société française organise-t-elle le souvenir de la Grande Guerre avec sa cohorte de blessés, de disparus ou de morts ?

Document : Un court extrait de la Chambre des Officiers, un film de François Dupeyron, 2001. (durée : 5 minutes de 1 heure 47 à 1 heure 52).

Mobilisé comme tant d’autres au début du mois d’août 1914, Adrien, un jeune et séduisant lieutenant, se rend à la guerre après avoir rencontré sur le quai de la gare une jeune femme, Clémence avec laquelle il fait l’amour avant de rejoindre son bataillon, à l’Est. Il part en reconnaissance à cheval. Un obus éclate et lui arrache le bas du visage. La guerre, c’est à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce qu’il la passe, dans la chambre des officiers. Une pièce à part réservée aux gradés atrocement défigurés par leurs blessures. Un antre de la douleur où chacun se voit dans le regard de l’autre. Cinq ans entre parenthèses à nouer des amitiés irréductibles avec ses compagnons d’infortune. L’extrait présenté se situe à la fin de la guerre lors du retour d’Adrien et d’une blessée de guerre, qu’il a connue au Val-de-Grâce, dans leur famille respective.

Questions (et correction)

1. Les couleurs du film sont particulières. Comment pouvez-vous justifier ce traitement particulier de l’image ?

L’image de La Chambre des officiers a subi un traitement spécial. Optant pour la monochromie, le réalisateur entendait ainsi restituer l’atmosphère de l’époque. Dupeyron justifie son choix en affirmant que « toutes les images que nous avons du début du siècle sont en noir et blanc », qu' »il s’en dégage un charme et un caractère particulier que la couleur ne sait pas rendre, et de conclure que « par contre la monochromie y parvient. ». Dupeyron développe : « Elle nous permettait aussi de traiter la défiguration, les blessures avec une certaine délicatesse. Notre souci était de faire en sorte que la nature de l’image nous aide à accepter ces visages ravagés et pas les rendre irregardables ou provoquer un effet de rejet. On ne faisait pas un documentaire sur les gueules cassées. »

2. Sur quel aspect du bilan de la guerre cet extrait insiste-t-il ? Par quels moyens ?

Le film insiste sur le bilan moral et humain du premier conflit mondial en mettant l’accent sur les blessés de la guerre et notamment les « Gueules cassées », ces soldats ou parfois infirmières qui ont été défigurés au front. Ils rappellent les atrocités de ce conflit. Plusieurs moyens sont utilisés : gros plans sur les visages des 2 personnes défigurées (scène de la calèche), jeu de lumière sur leurs visages pour masquer ou souligner leur infirmité, la jeune femme enlevant son cache lors de son retour dans sa famille. Le plan général sur l’entrée de l’Hôpital du Val de Grâce au crépuscule permet également d’évoquer le bilan humain de cette guerre : un mutilé traverse l’écran, on voit également les médecins militaires avec leur blouse blanche.

3. Comment les deux familles accueillent-elles les blessés de guerre à leur retour ?

Le film montre une certaine complexité et évite un certain schématisme. Pour la famille du lieutenant, il y a le rejet symbolique de la mère qui essaye de s’autopersuader que son fils n’a pas changé et s’enfuit en courant. Il y a l’acceptation pour les autres membres de la famille : la sœur, l’oncle qui offre son meilleur vin et surtout le père qui est lui-même ancien officier. Sa réflexion « Ils t’ont drôlement arrangé » et le fait qu’il trinque à la France soulignent le fort patriotisme qui continue à régner même après la guerre. Pour la famille de la jeune femme, c’est un double rejet : celui de la mère, invisible, qui n’a pas le temps de la rencontrer et celui du frère qui ne reconnaît pas sa sœur et lui demande si elle compte rester ainsi, une fois que cette dernière s’est « démasquée » devant lui. Cette famille (grande bourgeoisie qui donne réception et possède un domestique) symbolise peut-être la difficulté de la société française à regarder en face l’œuvre de la guerre, S’agit-il d’ une mise en scène de la culpabilisation des « planqués » de l’arrière ? (la jeune femme dans une autre scène du film fait référence à son engagement dans le conflit alors que ces 2 frères en âge de combattre n’ont pas fait la guerre).