Quatre années de souffrances : l’exemple des mutineries

Le film Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick est-il une reconstitution historique fidèle à la réalité ?

Le déroulement du travail

– 1) Lire la page 192. Définir ce qu’est une mutinerie et dire à quel moment elles apparaissent.

– 2) Projection de la séquence.

– 3) Répondre aux questions suivantes

  1. Dans quel état d’esprit se trouvent les soldats au début de cet extrait ?
  2. La bataille : Qui le réalisateur nous montre-t-il uniquement ? Pourquoi ? Ecoutez attentivement la bande-son : qu’entend-on ? Quel est l’effet produit ? Que constatez-vous sur le déplacement des soldats pendant l’assaut ?
  3. La mutinerie : Pourquoi les soldats dans la tranchée refusent-ils de se battre malgré les ordres de leur colonel ? Quel moyen le général veut-il employer pour les obliger à combattre ? Quelle sanction le général veut-il prendre contre ses propres troupes ? Quelles relations a-t-il avec ses soldats ? En est-il de même pour le colonel ?

– 4) Lire le document suivant. Puis en une douzaine de lignes, en vous servant de vos réponses et du texte ci-dessus, vous direz si le film de Stanley Kubrick présente les mutineries de façon crédible sur le plan historique.

LA MUTINERIE ET SES CAUSES

Ce que demandaient les soldats ? Des permissions, des repos, un minimum de confort aux cantonnements et dans les trains, une meilleure nourriture… Mais surtout, devant les attaques mal préparées et infructeuses d’avril 1917, ils ne voulaient plus que la guerre fût un héroïsme incessant. Les mutins en général ont cependant accepté ou promis de garder les tranchées. Ils ne voulaient pas que les Allemands puissent passer. Les mutineries ne sont pas un refus de se battre mais le refus d’une certaine manière de le faire.

LES CONDAMNATIONS A MORT

Les officiers qui partagent la vie dangereuse des troupes, et dont beaucoup sont respectés et aimés, ont partagé le point de vue de leurs soldats, même lorsqu’ils ont dû les blâmer officiellement. De plus, le recours à des exécutions sommaires est dans le domaine des possibiltés du commandement dans une armée qui reste disciplinée dans son ensemble ; c’est un risque extrêmement difficile à courir dans une armée atteinte par une crise comme celle des mutineries de 1917. Des exécutions sommaires étendues sont-elles possibles dans ces conditions ? Une réponse négative semble s’imposer.

LES CHIFFRES DE LA REPRESSION

3724 condamnations dont 554 à mort.

30 000 à 40 000 mutins parmi les soldats français environ.

Source : G. SABATIER d’après G. PEDRONCINI, Les Mutineries de 1917, P.U.F, 1996.
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Pistes de correction

– Les mutineries sont un mouvement de désobéissance (voire de désertion) des soldats dans les tranchées qui refusent de combattre l’ennemi. Elles se sont déroulées essentiellement en 1917, au printemps pour l’armée française à la suite de l’échec des offensives d’avril notamment au Chemin des Dames.

– Les soldats sont tétanisés. Ils ne font aucun mouvement (les travelling avant nous premettent de voir leur passivité : ils sont plaqués aux parois de la tranchée).

– La bataille nous est seulement présentée du point de vue des assaillants. On ne voit pas l’ennemi. Kubrick nous montre ici que le combat mené est vain, n’apportera aucun résultat.

– Les mêmes sons se répètent, ils assourdissent le spectateur : bruit des explosions continu, tir des fusils incessant. La stridence du sifflet du colonel ressort également.

– Les mouvements sont répétitifs : le travelling avant est couramment utilisé. Les hommes trébuchent, se relèvent ou meurent.

– Les soldats évoquent la mort de leur commandement mais leur vraie raison est la lassitude face au combat (cf : remarque du soldat au colonel). Ils se battent pour rien. Symboliquement un soldat mortellement blessé s’effondre sur le colonel Dax quand ils invitent les soldats à le suivre.

– Le général veut bombarder ses propres troupes.

– Le général décide de réunir le conseil de guerre pour faire exécuter les mutins. Il méprise ses hommes, veut se venger de l’échec de la bataille. Le colonel est au contraire au cœur de l’action, proche de ses hommes, en première ligne.

La reconstitution est-elle crédible sur le plan historique ?

  1. Arguments favorables : (1) la mutinerie s’explique par la lassitude des soldats, leur refus de combattre. Ce n’est pas vraiment un mouvement de désertion car les soldats restent dans les tranchées mais plutôt de désobéissance aux ordres de la hiérarchie militaire. (2) la mutinerie n’affecte pas la totalité des troupes : on voit une compagnie combattre et une qui refuse. Ceci correspond bien à la réalité historique. (3) le conseil de guerre et les exécutions pour l’exemple ont bien existé. (4) la proximité des soldats avec des officiers qui endurent les mêmes souffrances et les combats est bien montrée par la relation entre le colonel Dax et les soldats.
  2. Arguments défavorables : (1) il est inconcevable de voir un général donner l’ordre de tirer sur ses propres troupes (sauf de manière accidentelle) : il n’y a pas eu d’exécutions sommaires ou arbitraires car le risque aurait été trop grand du fait du climat de révolte au sein des troupes. (2) Le mépris et l’arrogance du général opposés à la bravoure du colonel sont des éléments fictionnels qui participent au scénario de Kubrick. Ils servent à illustrer un discours politique : l’opposition entre deux mondes (idée de lutte des classes). Le monde des privilégiés à l’abri dans un bunker ou un château et le monde des soldats livrés au combat et à la mort dans les tranchées.