La mort de Samuel Paty est restée un traumatisme qui, très vite, a suscité de nombreuses publications sous des formats divers : essais, bandes dessinées, pièce de théâtre, podcasts … Six ans après son assassinat par Anzarov, djihadiste tchétchène, le cinéma s’est emparé de son histoire par l’intermédiaire du réalisateur Vincent Garenq avec Antoine Reinartz dans le rôle de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, à travers L’abandon. Emmanuelle Bercot incarne Victoire Lanion, la principale du collège, et Nedjim Bouizzoul, Kader Saidi (Brahim Chnina), le père de l’élève dont le mensonge est à l’origine de l’affaire.

Ce film, qui a été tourné dans le plus grand secret en 2025, est présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026. Il retrace les 11 derniers jours de notre collègue et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique le 16 octobre 2020. Le scénario a été rédigé d’après le livre de Stéphane Simon Les Derniers Jours de Samuel Paty, et a bénéficié de toute la documentation existante (mails, rapports de police, témoignages…) et du concours de Mickaelle Paty.

 

Synopsis

Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

 

Un film au plus près de la réalité

Racontant au plus près des événements qui se sont déroulés, le film est très fidèle aux faits, ne prenant que de rares libertés imposées par la durée et le format d’un film, mais le résultat est particulièrement convaincant. Ici, les noms des protagonistes ont tous été modifiés, sauf exception. Les faits, parfois condensés pour les nécessités du film, sont fidèles aux événements. Le réalisateur, Vincent Garenq, est un habitué des films liés à l’actualité comme l’a montré Présumé coupable en 2011, où il met en scène l’histoire d’Alain Marécaux, un des accusés de l’affaire d’Outreau, avec Philippe Torreton dans le rôle-titre.

Le film débute par la séance de cours d’EMC dispensée à deux classes de 4ᵉ, consacrée aux caricatures de Charlie Hebdo. La scène, remarquable par sa réalisation, plonge le spectateur non professeur dans la réalité d’un cours consacré à la liberté d’expression tel que le définissent les programmes scolaires. Rarement le cinéma a su proposer des mises en situation montrant la réalité d’un cours de collège. On aurait pu la qualifier d’ordinaire, si celle-ci, par sa thématique, n’avait pas été à l’origine de l’engrenage qui débute avec le mensonge porté par Bachira, une élève au profil problématique. Les attaques, l’emballement sur les réseaux sociaux, l’acharnement du père de Bachira secondé par Tahar Amar (Abdelhakim Sefrioui), imam et militant islamiste fiché S, la réaction de l’Éducation nationale, jusqu’aux services de renseignements où Anzarov passe littéralement sous les radars, dans des scènes quasi cliniques qui évitent l’écueil de la dramatisation à outrance, pour montrer une chaîne de réactions inadaptées à la situation qui achèvent de laisser Samuel Paty seul.

L’abandon se traduit ici par la succession des dysfonctionnements qui n’épargnent personne du début à la fin du film, des dysfonctionnements faits de lourdeurs administratives parfaitement restituées (la scène des post-it est édifiante), de naïvetés, d’aveuglement, de lâchetés, voire de certitudes suffisantes pour certains, restitués factuellement sans effets dramatiques. Le film évite le voyeurisme et toute forme de manichéisme et d’héroïsation, y compris dans la scène de son assassinat, mais le spectateur ne manquera pas de s’interroger sur la nature humaine et ses effets mortifères. Tous les acteurs portent avec justesse leur rôle, en particulier les jeunes acteurs qui ont interprété les collégiens impliqués dans l’affaire et Antoine Reinartz qui incarne Samuel Paty avec une sobriété authentique.

Certains collègues seront certainement hésitants : faut-il aller voir le film ou pas ? Si les appréhensions sont liées à la réalisation, que le doute soit levé, elle est parfaite. Si elles sont liées à l’émotion légitime que suscite encore dans la profession son assassinat dans des conditions insoutenables, chacun agira selon sa conscience, car l’essentiel n’est pas dans la posture ou le symbole mais dans l’action, aussi invisible soit-elle pour le grand public.

Le film est accompagné d’un dossier pédagogique disponible sur le site Zéro de conduite : ICI

Bande-annonce du film :