Arthur Rambo – un film de Laurent Cantet – avec Rabah Naït Oufella, Antoine Reinartz, Sofian Khammes

Qui est Karim D. ? Ce jeune écrivain engagé au succès annoncé ou son alias, Arthur Rambo, qui poste des messages haineux que l’on exhume un jour des réseaux sociaux…

« L’AFFAIRE » Mehdi Meklat

Arthur Rambo – Mehdi Meklat – La critique

Ce film qui sort cinq ans après les événements qui l’ont inspiré peut-être l’occasion d’une réflexion salutaire sur les dérives des réseaux sociaux ainsi que sur celle des médias qui les accompagnent, et dont ils se nourrissent.

Au départ, il convient de revenir, tout comme l’auteur du dossier pédagogique, fourni par le distributeur, sur l’affaire Mehdi Meklat qui a pu défrayer la chronique en son temps. Ce jeune homme, participant à l’aventure éditoriale du Bondy blog, considéré par toute une partie de l’intelligentsia comme la voix de la banlieue, avait été porté au pinacle, avant que l’exhumation publique de certains de ses tweets, publiés dans un premier temps sous pseudonyme, ne lui reviennent en pleine face.

Antisémitisme, homophobie, haine de l’autre, tout y passe, et les mêmes qui l’avaient portés aux nues, se détournent de lui. On reviendra sur la justification que ce jeune homme, aujourd’hui oublié, a pu donner à ses errements. Un support documentaire réservé aux adhérents permettra de revenir sur ces points.

À ce stade, il ne nous a pas été permis de visionner ce film, mais on pourra toujours aborder la question à partir du dossier pédagogique, ainsi que du dossier de presse, qui nous a été fourni.

Arthur Rambo – Le double maléfique des réseaux sociaux

Ce film peut servir de support avec des élèves du second degré, mais également des étudiants, à une réflexion sur la fabrication de l’opinion à partir des réseaux sociaux, dès lors que certains messages, ceux qui font le plus de buzz, sont relayées, on dirait même sanctifiés, par des supports qui ainsi les cautionnent. On voit bien le mécanisme de cette course à l’échalote qui s’engage, entre le message le plus lapidaire, le plus brutal, en 250 caractères, le relais qui lui est donné par sa reprise, souvent sur une chaîne d’information en continu, qui alimente des réactions, créant une sorte de bruissement médiatique, que l’on considère comme reflétant cette introuvable opinion publique.

Le tweet, qui porte d’ailleurs très mal son nom de gazouillis, tant il peut ressembler souvent à un hurlement, devient alors l’alpha et l’oméga de la source journalistique que l’on s’empresse de commenter. Ce sont les mêmes Twitteurs qui peuvent se faire repérer par les équipes qui composent les plateaux des chaînes d’information en continu, qui peuvent ainsi atteindre une certaine notoriété. Mais la Roche Tarpéienne est près du Capitole, et certains chroniqueurs auxquels je pense, issu de l’écosystème des professeurs d’histoire et de géographie, gagneraient sans doute à se rappeler cet adage de leurs cours d’histoire romaine.

On a pu comparer l’affaire de Mehdi à celle de Julien Sorel, cet ambitieux qui porte en lui une sorte de haine de la société dans laquelle il cherche à s’imposer. L’exemple semble en effet pertinent. Les chaînes info sont à la recherche du « bon client », celui qui fera du buzz, générera du clic, et au final renforcera la visibilité du support initial.

Je regarde toujours avec un certain amusement des personnalités du monde universitaire, et pas des moindres, se féliciter de leur invitation sur un plateau quelconque, comme experts, bien évidemment, sur leur mur Facebook. Réalisent-t-ils que leur message, argumenté et posé, ne pèse pas grand-chose face aux chroniqueurs de la chaîne, présents régulièrement sur les plateaux, dont la vocation première est d’occuper du temps d’antenne entre deux séries de spots publicitaires ?

La poule et l’œuf – Medias et réseaux sociaux

Sur les plateaux des trois chaînes d’information en continu, BFM, CNews et LCI, on retrouve le même type de pseudo équilibre, entre des voix considérées comme « progressistes », et de grosses sonos fortement conservatrices, exprimant une sorte de « bon sens populaire », à base d’arguments primaires, plus ou moins marquée, selon la ligne éditoriale de la chaîne.

Quelque part, la situation de Mehdi Meklat, semble plutôt inversée. Repéré, avec ses copains du Bondy blog, les Kids, par la directrice éditoriale de France Inter, il devient la coqueluche des milieux germanopratins qui encensent son franc-parler, et qui en font la nouvelle icône de ce nouveau prolétariat qui a remplacé Billancourt, désespéré depuis longtemps.

Mais forcément, ce nouveau prolétariat transporte avec lui des préjugés, des a priori qui bousculent les certitudes et la vision irénique de ce nouveau prolétariat, et à ce moment-là, les tartuffes se révèlent. « Cachez-moi ce raciste, cet antisémite, cet homophobe, que je ne saurais voir ! »

ACTIVITÉ – EMC1/

Pour comprendre le projet du film, il est important de revenir à son fondement.

A/ Qui est Mehdi Meklat ?

la personnalité de mehdi meklat dans la presse d’hier à aujourd’hui, une approche biographique

ACTIVITE – EMC1/ rechercher tous les articles disponibles en ligne sur mehdi meklat.

2/ construire une biographie autour des éléments communs à l’ensemble des articles recensés.

3/ classer les articles dans trois catégories : les articles qui soutiennent mehdi meklat, ceux qui le critiquent et ceux qui semblent rester seulement factuels. est-ce que certains médias ont changé de point de vue sur lui ? quels sont les éléments biographiques qui en apparaissent déclencheurs ?

La carrière de Mehdi Meklat est très liée à l’émergence du Bondy Blog. C’est le premier média entièrement numérique (ou pure player) français. Né au moment des émeutes (« révoltes ») de novembre 2005, après la mort de zyed Benna et Bouna Traoré, il a été « fondé par le magazine suisse L’Hebdo dont la volonté était de donner la parole aux habitants des quartiers populaires », et notamment afin de dénoncer les violences policières. « Plus d’une décennie plus tard, cet objectif, raconter le quotidien de celles et ceux que l’on n’entend pas ou dont la parole est déformée, stigmatisée, minoritaire, n’a pas changé » [les citations sont du Bondy Blog].

Le dossier pédagogique

Dossier pédagogique

C’est dans cette pépinière de talents « de banlieue » que Mehdi Meklat, comme une trentaine de blogueurs, développe son écriture. Adolescent de Saint-Ouen né en 1992, il vit encore chez ses parents. Il forme alors un duo avec Badroudine Saïd Abdallah qu’il a rencontré en seconde, les Kids qui de 2008 à 2017 rédigent non seulement des articles pour le Bondy Blog, mais réalisent également des chroniques – Comme on nous parle sur France Inter à l’invitation de Pascale Clark –, une websérie pour Arte et un programme transversal au Palais de Tokyo, Banlieue is Beautiful. Ils écrivent ensemble deux romans, Burn Out en 2015 et Minute en 2017. Ils ne passent pas inaperçus, la fraîcheur de leur regard séduit les médias et une partie de l’opinion publique qui apprécie de voir changer l’image de la banlieue et de sa jeunesse. Jeudi 16 février 2017, c’est la consécration : à vingt-cinq ans, Meklat est invité à La Grande Table de François Busnel pour faire la promotion du roman Minute. C’est le point de départ du film de Laurent Cantet.Dans ce laps de temps (2010), Meklat alors âgé de 18 ans a créé son compte Twitter sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Il publie sous ce pseudonyme un grand nombre de tweets haineux jusqu’en 2015, puis sous son nom en 2016 et 2017 ; certains attaquant directement des personnes par des injures à caractère sexiste, raciste, homophobe ou antisémite. Libération, Le Monde, Les Inrocks qui l’interviewent signalent le malaise provoqué par ces tweets, mais Meklat assume les propos de ce « double maléfique ».

 

 

 

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arthur rambo | en salles le 02.02.22