Do the Right Thing
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Do the Right Thing

Le rève américain à travers 4 films : article 3 sur 4

Marie-Noëlle Gairaud-Deschamps
vendredi 15 avril 2005

Marie-Noëlle Gairaud-Deschamps propose le compte-rendu d’un projet ambitieux : travailler avec des élèves de troisième sur le thème du "rève américain" à travers 4 films. Cet article propose le 3ème travail, sur le film de Spike Lee, "Do the rihgt thing".

LE FILM

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Do the right thing

Synopsis

Inspiré de la tragédie de Howard Beach au cours de laquelle un Noir fut pourchassé et tué par une bande d’adolescents, DO THE RIGHT THING se présente comme une chronique du secteur de Bedford-Stuyvesant. " C’est une journée, écrit Spike Lee, dans l’histoire d’un pâté de maisons à Brooklyn. Une journée très particulière : la plus chaude de l’année. Celle où les tensions raciales seront portées à incandescence. "

Fiche technique

- Réalisateur : Spike Lee
- Sal : Danny Aiello
- Vito : Richard Edson
- Da Mayor : Ossie Davis
- Mother Sister  : Ruby Dee
- Buggin Out : Giancarlo Esposito
- Radio Raheem : Bill Nunn
- Pino : John Turturro
- Sweet Dick Willie : Robin Harris
- Jade : Joie Lee
- L’agent Ponte : Miguel Sandoval
- L’agent Long : Rick Aiello
- Clifton : John Savage
- Mister Senor Love Daddy : S. L. Jackson
- Tina : Rosie Perez
- Cee : Martin Lawrence
- Mookie : Spike Lee

- Scénario, production, scénariste : Spike Lee
- Producteur : Jon Kilik, Spike Lee
- Production : 40 Acres & a Mule Filmworks, U.S.A.

Equipe Technique

- Compositeur : Bill Lee
- Directeur de la photographie : E. Dickerson
- Monteur : Barry Alexander Brown
- Chef décorateur : Wynn Thomas
- Coproducteur : Monty Ross

Biographie de Spike Lee

Nommé à l’Oscar et au Golden Globe, Spike Lee est l’un des réalisateurs, scénaristes, acteurs et producteurs les plus engagés et les plus actifs du cinéma américain. Son style est marqué par une vision sans compromis de la société américaine.

Né en 1957 à Brooklyn, Spike Lee étudie au Morehouse College, puis à la Tisch School of the Arts de l’université de New York, dont il sort diplômé en production cinéma. C’est à cette époque qu’il met en scène ses premiers courts métrages dont " Joe’s Bed-Stuy Barbershop : We Cut Heads "pour lequel il reçoit le prix du meilleur film d’étudiant en 1983.

Il fonde sa maison de production :40 acres and a mule, en souvenir du don que les anciens esclaves auraient dû recevoir de l’Etat Fédéral, après l’abolition de l’esclavage en 1863 et 1865. En 1987, il parvient à mettre en scène son premier long métrage, Nola darling n’en fait qu’à sa tête qu’il réalise en deux semaines. Il y met en scène la bourgeoisie noire de Brooklyn. Ce film sera récompensé à plusieurs reprises et remportera le Prix de la Jeunesse au Festival de Cannes.
Avec Do the right thing, dont il est à nouveau le scénariste, le réalisateur et l’interprète, il aborde le drame et traite du racisme. S’il soulève des controverses et l’hostilité de la classe W.A.S.P. (White anglo saxon protestant)., le film est également considéré comme une vision des plus pertinente des relations raciales. Spike Lee obtient une citation à l’Oscar du meilleur scénario original, et Danny Aiello est cité pour celui du meilleur second rôle. Lee remporte le prix du meilleur film et celui du meilleur réalisateur décernés par la Los Angeles Film Critics Association.

En 1990, il réalise Mo Better Blues, comédie de mœurs puis Jungle Fever. Il signe ensuite une biographie avec Malcom X, dont il est coproducteur, réalisateur, scénariste et interprète. Denzel Washington, qui incarne le militant de la cause noire, y fait une remarquable interprétation citée à l’Oscar et le film s’impose aussitôt comme une référence et un classique.
Avec Crooklin, Spike Lee revient à l’univers de Brooklyn au début des années 70. Clockers, d’après le best-seller de Richard Price, est son huitième film. Il tourne ensuite Girl 6, qui se déroule dans le milieu méconnu des opératrices de téléphone rose.

Avec Get on the bus, il filme à la manière d’un documentaire l’histoire d’un groupe d’hommes se rendant à la Million Man March. Il développe sa passion du basket dans He got game, l’histoire d’un jeune espoir de la NBA, puis réalise Summer of Sam qui se déroule durant l’été 1977 à New York.

The very black show, représente pour Spike Lee un retour à la satire humoristique et à ses débuts de réalisateur, avec un film entièrement tourné avec des caméras numériques, dans un style comparable à ses premières réalisations en Super 8 dans les rues de Brooklyn.
Depuis, Spike Lee a réalisé les documentaires " Jim Brown : All-American " pour HBO et " The Original Kings of Comedy " pour MTV. Outre son activité cinématographique, Spike Lee a aussi produit et réalisé des vidéoclips pour Tracy Chapman, Chaka Khan, Anita Baker, Public Enemy, Miles Davis, Bruce Hornsby et Michael Jackson, entre autres.

Il a réalisé de nombreux films publicitaires et s’est récemment associé avec DDB Needham pour créer Spike/DDB, une agence de publicité. Il est aussi l’auteur de six ouvrages qui racontent son expérience cinématographique.

Filmographie (sélection)

- 2004 - She Hate Me
- 2003 - La 25e Heure
- 2002 - Ten Minutes Older - The Trumpet
- 2001 - The Very Black Show
- 1999 - Summer Of Sam
- 1998 - He Got Game
- 1997 - 4 Little Girls
- 1996 - Get On The Bus
- 1996 - Girl 6
- 1995 - Crooklyn
- 1995 - Clockers
- 1993 - Malcolm X
- 1991 - Jungle Fever
- 1990 - Mo’ Better Blues
- 1989 - Do The Right Thing
- 1988 - School Daze
- 1987 - Nola Darling N’en Fait Qu’à Sa Tête

QUESTIONNAIRE SUR LE FILM "DO THE RIGHT THING" : PORTRAIT D’UNE COMMUNAUTE EN MARGE DU REVE AMERICAIN

I La structure du film et la mise en image du récit

- On peut distinguer deux parties dans le film : quelles sont-elles ?
- Donnez-leur un titre.
- L’histoire est-elle mise en images de la même façon dans les deux parties ? Justifiez votre réponse.

II 1ère partie de l’histoire

Choisissez au moins 4 ou 5 personnages qui vous semblent importants dans le film et remplissez ce tableau :

Nom du personnage Un objet qui symbolise le personnage Une phrase emblématique
- - - -

  1. La structure narrative (= du récit) : rappelez quelles sont les règles de la tragédie (Rappel du cours de Lettres).
  2. Ces règles sont-elles toutes respectées dans la 1ère partie ? Justifiez votre réponse.
  3. Par quelle pratique technique le cinéaste évite-t-il l’unité d’action dans la 1ère partie du film ?
  4. Quel est le seul lien entre tous ces éléments a priori disparates ?
  5. Quel est le point de convergence des déplacements de tous les personnages ?


II 2e partie de l’histoire

  1. Qu’annonce l’existence d’un même point de convergence de tous les déplacements ?
  2. Essayez de retrouver les petits incidents, les gestes anodins de la 1ère partie annonçant la tragédie finale.
  3. Que prouve cette suite de gestes anodins ?
  4. Quelle séquence du film traduit la montée globale de la violence dans toute son absurdité ?
  5. A quel moment du film pourrait-on s’arrêter pour éviter de sombrer dans la tragédie ?
  6. Peut-on d’emblée attribuer à l’un des personnages la responsabilité de la tragédie finale ? Pourquoi ?
  7. Décrivez la scène emblématique de la fracture entre les communautés.

Conclusion : Est-ce un drame ? une comédie ? Une étude de mœurs ? Un film de genre ? Justifiez votre réponse


LA SITUATION DES NOIRS AMERICAINS DANS LES ANNEES 1980

I. Une communauté défavorisée

Les Noirs américains aujourd’hui, Paris, 1984 de BODY-GENDROT Sophie, MASLOW-ARMAND Laura.

L’idée principale de l’ouvrage est que la position socio-économique inférieure des Noirs américains serait un effet de la domination blanche sur la société.
En 1960, le revenu d’une famille noire équivalait 55% de celui d’une famille blanche. Au début des années 80, on était revenu au même pourcentage malgré une légère amélioration en 1975 (62 %). De même, le taux de chômage serait particulièrement important dans la communauté noire ainsi en 1960 8,8 % des hommes noirs américains étaient sans emploi contre 4,6 % de blancs (les chiffres marquent un écart à peu près similaire pour la population féminine). En 1982, l’écart est de 9,6 % entre les hommes noirs et les hommes blancs et de 8 % entre les femmes noires et les femmes blanches.
Selon un rapport de la Commission des droits civiques, les causes d’un tel taux de chômage touchant la population noire américaine serait la discrimination raciale. Le racisme jouerait un rôle déterminant dans les difficultés d’accès au monde du travail.

Dans le domaine de l’éducation, quelques progrès ont néanmoins été observés. La proportion des Noirs âgés de 20 à 24 ans titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires est passé de 33 % en 1962 (contre 61 % pour les Blancs) à 73 % en 1980 (contre 85 % pour les Blancs). De même, la proportion des Noirs âgés de 25 à 34 ans ayant bénéficié d’au moins 4 années d’études universitaires est passée de 4 à 13 % sur la même période.

Néanmoins, la qualité des études est remise en cause : la qualité de l’instruction qu’ils reçoivent reste inférieure à celle des Blancs en milieu comparable. Bienque certains états aient tenté de remédier à l’inégalité flagrante des subventions scolaires, un décalage qui peut atteindre 400 dollars par élève subsiste et, souvent les Noirs des ghettos ont au moins deux années de retard par rapport à leurs condisciples blancs. A la fin des années 70, environ 47 % des jeunes Noirs de 17 ans étaient pratiquement illettrés.

D’autre part, il semble que la structure sociale de la communauté noire se soit transformée depuis le début des années 60 : cette communauté n’est plus aussi homogène. On assiste ainsi à l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie de petits entrepreneurs et de fonctionnaires. Le nombre de familles noires disposant d’un revenu supérieur à la moyenne nationale a augmenté de 15 % entre 1960 et 1970. Parallèlement, le nombre de familles noires dont le revenu reste inférieure à 20 000 dollars annuels a diminué (88 % en 1960 -> 70 % en 1980) même si cette diminution est considérablement inférieure à celle du nombre de familles blanches à bas revenus (de 69 à 44 % entre 1960 et 1980).

Enfin, il apparaît une ségrégation résidentielle entraînant la ségrégation scolaire. L’isolement résidentiel croissant est à la fois la cause et la conséquence d’une ségrégation de fait dans les écoles publiques : les Noirs de plus en plus isolés dans leurs ghettos au centre des villes ou dans les banlieues résidentielles sont privés des contacts, des expériences et des informations qui faciliteraient leur ascension au sein d’une société dominée par les Blancs.

II Une seconde thèse s’oppose à la victimisation excessive des Noirs américains.

BENETON Philippe, Le fléau du bien. Essai sur les politiques sociales occidentales, Paris, 1983.

L’auteur reconnaît sans détour que la situation socio-économique actuelle des Noirs paraît beaucoup plus mauvaise que celle des Blancs. Mais, selon lui, penser les inégalités de réussite au travers de l’opposition majorité/minorités est tout à fait trompeur
Dans un 1er temps, il rappelle que la moitié environ des Américains ne peuvent identifier leur caractère ethnique, probablement à cause des croisements au cours des générations. Le groupe les plus important que l’on peut distinguer est celui des Anglo-Saxons, mais il ne forme que 14 % de la population soit guère davantage que les Allemands américains (13 %) ou les Noirs (11 %).

Au demeurant, lorsque l’on s’appuie sur le revenu familial moyen par groupe ethnique, le groupe des Noirs américains parvient en avant-dernière position. Toutefois, il faut bien remarquer que le revenu des familles dépend du nombre de personnes travaillant régulièrement par famille (or, ce nombre, par ex. chez les Portoricains est le plus bas et c’est ce groupe qui occupe la dernière place dans le classement). De même, il faut insister sur l’âge moyen de chaque groupe ethnique car plus cet âge est élevé, plus, logiquement, le revenu l’est. Or le groupe des Noirs Américains est l’un des plus jeunes.

D’autres facteurs viennent s’ajouter à la position économique inférieure du groupe des Noirs américains : la différence d’instruction entres les différents groupes ethniques ou les disparités régionales des revenus. Il ne faut pas oublier non plus que l’utilisation de chiffres moyens masque la profonde diversité de la communauté noire. Et, à terme, pour l’auteur, le problème n’est plus celui d’une minorité raciale soumise à la discrimination mais bien davantage celui d’une minorité victime de ses handicaps sociaux.

Les Noirs marginalisés (ceux des ghettos urbains) ont été ou sont élevés très généralement dans des familles sans père, ils ont été ou sont éduqués dans des écoles dégradées. Ainsi, pour l’auteur, la pauvreté qui affecte une partie de la communauté noire n’est donc pas la conséquence du racisme des Blancs mais celle d’autres facteurs comme la maque d’instruction ou de travail. Les Noirs seraient faussement présentés comme "victimes" du racisme, c’est ce qu’il appelle la "victimisation" des Noirs américains.

Il remet en cause le système de lutte contre la pauvreté qui aboutirait à des effets pervers : les aises multiples transformeraient les pauvres en une population d’assistées incapable, à terme, de se prendre en main. Selon lui, la question noire aurait changé de nature et se pose beaucoup moins dans le Sud que dans les grandes villes du Nord où se développent, dans la communauté noire de nombreuses pathologies sociales : absence générale du père au foyer, éducation par la rue, vie adulte souvent instable, , violence endémique, travail largement supplanté par le Welfare, activités illégales, absence de discipline de soi et de sentiment d’obligation vis-à-vis d’autrui, tendance à considérer toute règle comme un affront personnel, attitude souvent agressive ou provocante, pauvreté ostentatoire.
En fait, l’une des caractéristiques essentielles de ce groupe humain n’est pas en effet la pauvreté mais la manière dont cette pauvreté est vécue.

Une opinion publique divisée sur la question

Ces deux ouvrages sont le reflet des divisions de l’opinion publique américaine sur la "question noire".
Le 1er milite pour une politique active de lutte contre les discriminations alors que le second expose l’opinion selon laquelle la politique d’aide ne serait qu’un "gâchis social et économique (...) visant à corriger de façon étatique les inégalités résultant du jeu normal du marché.

III Les ghettos urbains

Le film est inséparable d’un lieu, le ghetto. C’est le fait d’être à la fois isolés et rassemblés dans le ghetto qui donne aux Noirs le sentiment d’appartenir à une même communauté opprimée face, par exemple, aux bavures policières. Il existe une ségrégation résidentielle de fait.

Ainsi, jusqu’à la fin du 19e siècle, , les Noirs résidaient pour leur grande majorité dans le Sud rural. Au cours de la 1ère moitié du 20e siècle, les nOirs ont émigré en masse vers le Nord industrialisé. Lorsque les Noirs devenaient nombreux dans un quartier, les Blancs ont eu tendance à l’abandonner soit pour des motifs racistes soit parce que l’afflux de résidents pauvres accentuait la dégradation des quartiers.

Les centres urbains où s’installaient les Noirs ont vu ainsi un exode spectaculaire des Blancs vers des banlieues souvent éloignées et luxueuses. La conséquence la plus importante fut que les Noirs devinrent majoritaires dans les villes ce qui permit l’élection de maires noirs. Ceux-ci ont dû cependant faire face à de rudes tâches car ils héritaient de villes désertées de leur habitants les plus riches tout en devant répondre aux demandes (notamment d’aides sociales) des plus pauvres. Cependant, le rôle principale de ces nouveaux maires fut de rétablir l’ordre.

Aujourd’hui, les centres urbains et plus particulièrement les ghettos n’ont pas cessé de se dégrader. En outre, le nombre d’incendies (souvent d’origine criminelle pour permettre aux propriétaires d’immeubles abandonnés de toucher la prime d’assurance) a augmenté de 400 % dans l’ensemble du pays. Les ghettos sont occupés par une population disparate car même pour les Noirs fortunés, il est difficile de trouver un logement en dehors du ghetto. La majorité de la population est toutefois largement défavorisée 60 à 70 % des jeunes noirs sont au chômage.

A la dégradation matérielle se joint une détérioration générale des conditions de vie. La délinquance y est particulièrement élevée, la violence quotidienne et le nombre d’homicides (dont la plupart des victimes sont des Noirs et non des Blancs) de plus en plus lourd. Le tout entraîne une évidente démoralisation.

Il faut encore noter le développement d’un style de vie propre au ghetto : une culture propre, un langage spécifique, la musique noire du jazz au rap en est l’une des manifestations les plus spectaculaires.

Cet article fait partie d’un exnsemble de 4 articles sur le thème du "Rève américain" en classe de troisième. Voir :

- Le projet
- La vie est belle de F. Capra
- Little Big Man d’Arthur Penn
- Do the right thing de Spike Lee
- Pleasantville de Gary Ross

Par Marie-Noëlle Gairaud-Deschamps

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