Humains confinés, animaux libérés. Quel beau programme ! Si la faune voit son territoire se réduire régulièrement, celle-ci a bénéficié, lors du confinement lié la pandémie de COVID-19, d’une occasion unique de circuler dans le calme et de s’aventurer dans des zones habituellement inhospitalières.

Le reportage débute sur le cas des orques en Colombie Britannique : c’était l’occasion de les écouter dans un niveau de silence exceptionnel du fait de l’absence de bateaux.

Cette « anthropause » est sans égal par rapport à la pandémie de peste au Moyen-Age ou à la catastrophe de Tchernobyl puisqu’une immense partie de la population mondiale s’est vue contrainte de garder le domicile.

L’Italie est mis à l’arrêt en premier, même dans les Dolomites. Les ours s’y trouvent être nombreux. La vallée étudiée est aménagée par l’homme et une autoroute joue le rôle de barrière infranchissable. Cela gène les possibilités de rencontre pour la reproduction et menace le brassage génétique. Les ours sont incités à aller toujours plus haut vers les sommets pour fuir l’homme et prennent ainsi des risques supplémentaires. Pendant le confinement, ils sont allés nettement plus bas et ont ainsi agrandi leur territoire de vie.

Il faut vérifier cela à grande échelle. Chercheur écossais, Christian Rutz avant le confinement, regroupe des biologistes du monde entier pour lancer une grande étude sur le sujet (600 collaborateurs et près de 13000 animaux dans une base données en open source qui compte un milliard de relevés !). Dans les zones transformées par l’homme, les animaux se déplacent moins et sont plus à l’étroit : les félins de la savane peuvent passer de 7 kms à 21 kms selon le degré d’occupation humaine.

Des chevreuils sont pucés en forêt italienne pour vérifier le phénomène. De façon contre-intuitive, l’activité diurne n’a pas augmenté. Cela montre que les animaux sont restés influencés par l’adaptation à l’activité humaine (ou alors il aurait fallu que le confinement dure bien plus que deux mois). Cela étant, ils se sont rapprochés davantage des habitations pour profiter d’une nourriture plus facilement accessible. Ainsi, s’est établie une sorte d’équilibre.

En République Tchèque, le confinement a été beaucoup plus souple, les habitants pouvaient circuler un peu dans les zones naturelles. Ainsi le nombre de visiteurs a parfois été multiplié par trois ou quatre dans certaines régions. Des sangliers sont analysés et également équipés d’un collier. On voit qu’ils se sont davantage déplacés la nuit pour éviter les contacts avec les humains plus nombreux ici en journée.

Certaines espèces ont été mises en difficulté comme les oiseaux par exemple à l’image des corneilles à Paris. L’absence de poubelles contenant des restes alimentaires pendant le confinement a posé problème.

A Berlin, des pièges photographiques avaient été installés dans un but d’étude plutôt sociologique sur les pratiques citoyennes mais les relevés ont permis de recenser des passages d’animaux. Quelques 100.000 photographies montrent que les animaux viennent dans les jardins la nuit mais surtout qu’ils attendent leur tour pour investir les lieux, n’appréciant pas croiser une autre espèce. La spécificité du confinement, c’est que le temps de latence entre deux passages d’animaux s’est quelque peu réduit poussant les animaux à avoir une activité plus concentrée.

Les touristes dans le parc du Serengeti sont très nombreux. Le COVID-19 a donné au parc un peu de répit pour les animaux, notamment les rhinocéros. Ces derniers sont équipés d’un GSP caché dans la corne et ils sont observés très discrètement pour éviter d’attirer les braconniers. Pendant le COVID-19, ils sont allés jusqu’à 20 voire 30 kilomètres au-delà du parc et se sont parfois retrouvés dans des zones habitées.

Finalement, les distances parcourues des animaux ont été réduites d’environ 12 % au premier abord (car il n’y a pas le phénomène de fuite lié à la confrontation avec un humaine). Mais sur des périodes plus longues (10 jours), les distances ont été supérieures de 73 % !

Une nouvelle preuve que notre action humaine perturbe la vie animale et qu’il devrait être possible de procéder à des aménagements et des réflexions pour un meilleur partage de l’espace.

 

https://www.arte.tv/fr/videos/104831-000-A/humains-confines-animaux-liberes/