Une journée particulière d’Ettore Scola (1977)
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Une journée particulière d’Ettore Scola (1977)

une façon particulière d’aborder le fascisme italien...

Gilles Legroux
dimanche 2 juillet 2017

Quelques pistes pour exploiter ce film en classe de première.

Disons-le d’emblée, “une journée particulière” d’Ettore Scola est un chef d’oeuvre du cinéma italien ! Sorti sur les écrans en 1977, ce film aborde un moment crucial de l’histoire de l’Italie contemporaine, celle du fascisme.
Pour un cinéaste, “s’engager” dans un film de fiction à caractère historique s’avère un chemin périllleux et semé d’embûches. Comment transmettre le fond sans sacrifier la forme ? Comment éviter les pièges de la démonstration scolaire, du message politique grossier, du documentaire... au risque de rebuter le spectateur ?

Car “Une journée particulière” est un film à contenu politique, mais Ettore Scola a su éviter tous ces écueils grâce à un scénario original qui permet de briser quelques codes traditionnels de la narration cinématographique.

Mon intention n’est pas de faire une analyse approfondie de ce film, mais de vous inciter à voir ou à revoir cette oeuvre magistrale et de donner quelques éléments utiles qui peuvent faire l’objet d’une exploitation pédagogique en classe de premières pour traiter le chapitre sur les totalitarismes.

L’histoire en deux mots...

Le titre “une journée particulière” a un double sens. Elle correspond à une journée historique, celle de la grande parade fasciste du 6 mai 1938, en l’honneur du Führer en visite à Rome et de l’alliance entre les deux dictatures.. Le film s’ouvre donc sur plusieurs minutes d’images d’actualités de la propagande fasciste, donnant clairement au film un caractère politique et engagé. Sur ce canevas historique, E. Scola brode une fiction romanesque et amoureuse, la rencontre improbable d’un homme et d’une femme que tout oppose : un intellectuel anti fasciste et homosexuel ( mais ne pas le dire aux élèves, pour ne pas dévoiler l’intrigue !) et une mère de famille nombreuse sans culture, fasciste convaincue et soumise à son mari qui l’humilie.

Une narration qui se joue des codes traditionnels du cinéma.

Par ses choix, le cinéaste se joue d’un certain nombre de codes traditionnels du cinéma de fiction, ce qui lui confère une dimension éminemment artistique.

- L’unité d’action, de temps et de lieu du théâtre classique, selon la célèbre formule de Boileau : qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli tienne le théâtre rempli. De fait, l’intrigue (c’est à dire la rencontre et la relation entre les deux personnages principaux) se déroule sur une journée dans un quasi-huis clos dont le décor est un immeuble d’habitations collectives “mussolinien”.

Deux monstres sacrés du cinéma à contre-emploi : la superbe Sofia Loren dans le rôle d’une mère de famille épuisée par les tâches ménagères et le “”beau” Marcello Mastroianni dans celui d’un homosexuel.
Le refus du “beau” par le choix de la couleur sépia , à mi -chemin entre la couleur et le noir et blanc, qui a valeur de dénonciation du régime. Seule exception, la scène sur le toit qui est comme une éclaircie, une parenthèse dans le destin tragique des deux personnages.

L’inversion des codes amoureux classiques puisqu’ici, c’est la femme qui exprime son désir et prend l’initiative et l’homme qui s’y refuse, et pour cause ! Ce qui fait au total un très beau portrait de femme et donne au film une dimension féministe.

Par Gilles Legroux

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