Loving
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Loving

Loving, film américano-britannique de Jeff Nichols avec Ruth Negga et Joel Edgerton (2016)

Dominique Chathuant
lundi 27 février 2017

Historicité

Le film traite d’un fait historique. Dans le contexte du Sud étasunien de cette époque (l’expérience de la couleur comme celle de la judéité peut différer selon le temps et le lieu), Richard est blanc et Mildred colored. Mariés en 1958 à Washington DC et revenus vivre en Virginie, ils sont victimes d’une dénonciation anonyme et arrêtés en pleine nuit à leur domicile. Gardés à vue, ils sont contraints de quitter l’État s’ils veulent échapper à la peine carcérale prévue pour leur union alors illégale en Virginie. On sait que l’affaire déboucha en 1967 sur la jurisprudence Loving vs. Virginia de la Cour suprême fédérale. Celle-ci déclara inconstitutionnelles les lois raciales virginiennes et, partant, toutes les autres lois fédérées interdisant couples mixtes et métissage.

Un espace propice à la transgression de la norme Jim Crow

Le film est souvent plus sentimental que politique. Les lecteurs de Richard Wright pourront se surprendre que deux amoureux aient pu braver les lois fédérées d’un État ségrégationniste. Ce qui interpelle en effet est la question de la norme sociale de l’Old South qui semble ici étrangement transgressée. S’il est clair que les relations sexuelles entre un homme blanc et une femme noire étaient courantes dans la Virginie des lois Jim Crow, on sait qu’elles étaient discrètes et relevaient pour l’immense majorité d’amours ancillaires dans le contexte d’une violence qui mêlait inégalité raciale et inégalité de genre. Quelle sociabilité pouvait avoir un ouvrier blanc qui osait transgresser de telles normes ? On ne comprendrait pas l’affaire sans saisir le contexte du lieu ou vit le couple. L’une des premières scènes du film est là pour nous l’expliquer et dissipe les doutes quant à ce qui aurait pu apparaître comme plus qu’improbable. Central Point est un espace marginal, à la périphérie des normes ségrégationnistes où pèse le poids d’une longue histoire de métissage entre descendants de Cherokees, d’Européens et d’Africains. Loin du mainstream, il y avait possibilité que cela arrive à cet endroit qui n’est d’ailleurs pas le seul espace post-esclavagiste où l’union mixte apparaît davantage possible que dans les anciens espaces de grandes plantations.

Un couple éloigné du militantisme

Le récit, il y a quelques années, d’une collègue virginienne permettait de rencontrer la complexité d’une déségrégation qui s’est souvent faite loin des caméras avec des violences dont on parle peu et que les femmes qui les ont vécues racontent aujourd’hui avec pudeur. Le film nous montre un autre aspect de cette déségrégation au quotidien. Contrairement à Rosa Parks, dont le militantisme au NAACP explique un choix qui n’eut rien d’un hasard, Richard et Mildred Loving n’ont rien de militants et leur transgression s’explique surtout par leur intériorisation de normes en marges de celles de la société virginienne. Si Richard savait ce qu’il faisait en ayant l’idée d’un mariage à Washington DC, le reste semble avoir davantage relevé de l’incohérence que de la volonté de faire de sa vie de couple une jurisprudence fédérale.

Par Dominique Chathuant

Clio-Ciné 2017

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